Le sol bouge : une carte H3 des mouvements de terrain autour de Saint-Julien-Montdenis (prototype)

Carte d'un disque de 25 km autour de Saint-Julien-Montdenis, couvert d'hexagones majoritairement bleus (affaissement) et de flèches est-ouest, représentant la vitesse verticale moyenne 2020-2024. Oct 11, 2026

Le sol bouge : une carte H3 des mouvements de terrain autour de Saint-Julien-Montdenis (prototype)

Un projet mené en coopération par Alex et Claude (assistant d’IA d’Anthropic). Alex a eu l’idée, fixé l’objectif et orienté les choix. Claude a écrit le code, la documentation et ce texte. Des agents de relecture ont recoupé les chiffres avec la documentation du projet. Plusieurs points restent à vérifier, et l’article le dit. Dans ce texte, le « je » est celui d’Alex, rédigé avec Claude. Les choix méthodologiques et les erreurs éventuelles sont à discuter à deux.

Les satellites mesurent des millimètres par an. Comment transformer ces millions de points en quelque chose qu’on peut explorer, calculer, et même projeter dans le futur ?

En bref.

  • J’ai repris les mesures satellites de mouvement du sol du service européen EGMS autour de Saint-Julien-Montdenis (Maurienne), et je les ai rangées dans une grille d’hexagones H3, sur laquelle on peut calculer autour de chaque cellule.
  • Un mode « simulation » prolonge la tendance de 2020–2024 pour voir ce qui se passerait si le sol continuait au même rythme, avec trois scénarios climatiques.
  • C’est un prototype exploratoire : la carte n’est pas validée, le score n’est pas un risque, et la simulation n’est pas une prévision.
  • Ce que la carte ne montre pas : la composante nord du mouvement, les zones sans mesure (forêts, neige, versants raides), la géologie et l’eau.

Le point de départ : une belle carte, mais fermée

Le service européen European Ground Motion Service (page du produit, en anglais) (EGMS), publié par Copernicus, est impressionnant. Grâce à l’interférométrie radar à synthèse d’ouverture (InSAR), il mesure les mouvements du sol à l’échelle de tout le continent. L’interface est visuelle et agréable.

L’InSAR en bref (de l’anglais « interferometric synthetic aperture radar »). Un satellite radar repasse régulièrement au-dessus du même endroit. En comparant le signal reçu d’un passage à l’autre, on en déduit de combien la surface s’est rapprochée ou éloignée du satellite. On en tire ensuite une vitesse moyenne, exprimée en millimètres par an. Cette vitesse s’accompagne d’une incertitude, que je n’exploite pas encore. Le procédé ne fonctionne bien que sur des cibles stables (bâti, roche nue) : les forêts, la neige et certains versants raides donnent peu ou pas de points de mesure.

Mais cette interface reste limitée. On regarde des points colorés ; on ne peut pas facilement demander « que se passe-t-il autour de cet endroit ? », agréger, comparer des zones, ou faire un calcul qui tienne compte du voisinage.

J’avais surtout une envie : jouer avec H3, la grille hexagonale hiérarchique d’Uber. Je la trouve fascinante, et elle me semblait faite pour ce problème. Cet article raconte ce que j’en ai fait.

Un prototype, pas un résultat établi. Ce que vous allez voir est une expérience : je teste une façon d’organiser et de calculer sur des données d’observation de la Terre. Le mode « futur » en particulier est un terrain de jeu à explorer encore, à critiquer et à améliorer, pas une carte de risque.

Petit lexique

  • Résolution r5 à r10 : le niveau de finesse de la grille H3. Plus le chiffre est grand, plus les hexagones sont petits.
  • Norme : l’intensité totale du mouvement, sans tenir compte de son sens.
  • Exposition : la direction vers laquelle la pente est tournée.
  • Aval : le côté vers lequel le terrain descend.
  • Anneau : l’ensemble des hexagones situés à la même distance (en nombre de cellules) d’un hexagone donné.
  • Rang percentile : la position d’une cellule par rapport aux autres. Un rang de 0,9 signifie « plus fort que 90 % des cellules ».
  • EGMS : European Ground Motion Service, le service de Copernicus qui publie les mesures de mouvements du sol utilisées ici.
  • InSAR : interférométrie radar, la technique satellitaire qui mesure ces mouvements (voir l’encadré plus haut).
  • Tuile : morceau du produit EGMS, identifié par ses coordonnées (ici E40N24). Les données sont livrées tuile par tuile.
  • Cumul : le déplacement total accumulé sur une période, égal à la vitesse multipliée par la durée.
  • Susceptibilité : score relatif qui classe les cellules entre elles selon la vitesse et la pente. Ce n’est pas un risque : aucune probabilité ni aucun enjeu n’y est calculé.

Pourquoi des hexagones ?

Un hexagone a une propriété que le carré n’a pas : tous ses voisins sont à la même distance. Quand on veut propager un phénomène d’une cellule vers ses voisines (un glissement, une pente, une influence), cette régularité évite les biais des diagonales.

H3 ajoute une hiérarchie : chaque cellule a un parent à la résolution inférieure. On peut donc zoomer et dézoomer en réagrégeant les mêmes données. Sur cette zone, j’utilise six niveaux :

Niveaux de résolution H3 utilisés (r5 : cellules les plus grandes ; r10 : les plus petites). Arêtes moyennes calculées par la bibliothèque h3 4.5.0 ; une cellule r6 couvre en moyenne 36,1 km².
Résolution Arête moyenne Cellules Niveau de zoom de la carte
r5 9,85 km 14 0–9
r6 3,73 km 72 9–10
r7 1,41 km 387 10–11
r8 531 m 1 814 11–12
r9 201 m 5 960 12–13
r10 76 m 14 731 13–22
Carte d'un disque de 25 km autour de Saint-Julien-Montdenis, couvert d'hexagones majoritairement bleus (affaissement) et de flèches est-ouest, représentant la vitesse verticale moyenne 2020-2024.
Vitesse verticale sur le disque de 25 km autour de Saint-Julien-Montdenis (cellules r6, arête d’environ 3,7 km). Bleu : affaissement ; orange clair : soulèvement. La majorité des cellules est bleue. Les flèches ne montrent que la composante est-ouest.
Carte de situation en noir et blanc, à petite échelle : un disque de 25 km couvert d'hexagones bleus, au centre de la carte, dans la vallée de la Maurienne, entre Grenoble, Chambéry et Turin.
Carte de situation (fond noir et blanc, niveau r5, disque de 25 km). Les hexagones sont grands (arêtes d’environ 9,85 km) : c’est une vue d’ensemble. Le disque est le périmètre d’étude, pas une zone de danger.

Les données

La zone est un disque de 25 km autour de Saint-Julien-Montdenis, en Maurienne. J’ai utilisé le produit EGMS de niveau L3 « ortho » (2020–2024), qui fournit deux composantes : verticale et est-ouest, sur une grille native de 100 m. Après jointure des deux composantes et filtrage sur le disque, il reste 17 594 points.

Une précision utile : mon pipeline n’exploite pas de composante nord. Ce que j’appelle « vitesse » dans la carte n’est donc pas un mouvement 3D complet, mais la combinaison des deux composantes utilisées.

Lire les couleurs. Les vitesses sont en millimètres par an. Dans l’interface, une valeur négative (bleu) correspond à un affaissement et une valeur positive (orange clair) à un soulèvement. Les flèches n’indiquent que l’est ou l’ouest. Le sens exact de la composante verticale dans la documentation EGMS reste à confirmer.

Tous les points retenus viennent d’une seule tuile EGMS (E40N24) : l’autre tuile du secteur n’en apporte aucun dans le disque.

Le pipeline, en bref

  1. Lecture et jointure des CSV vertical et est-ouest sur l’identifiant de point, puis conversion des coordonnées (EPSG:3035 vers WGS84).
  2. Indexation H3 : chaque point est placé dans sa cellule r10, puis les niveaux supérieurs sont obtenus par cell_to_parent. Ce choix n’est pas anodin : calculer chaque niveau directement depuis les coordonnées ne donnait pas toujours le parent de la cellule r10 (6 à 7,5 % des points). Passer par le parent garantit une hiérarchie cohérente.
  3. Pente et exposition : un plan est ajusté sur les points voisins (moins de 250 m), puis moyenné par cellule.
  4. Séries temporelles : moyennes mensuelles par cellule r10, sur 60 dates.
  5. Simulation : extrapolation, score et propagation vers l’aval (voir plus bas).

Tout est précalculé en fichiers statiques (JSON, plus un fichier binaire pour les séries) : l’interface est une page HTML qui s’appuie sur MapLibre GL pour la carte et sur h3-js dans le navigateur. Un simple serveur de fichiers suffit : ni base de données, ni calcul côté serveur.

Explorer la carte

La première couche montre la vitesse verticale ; on peut basculer sur la norme de la vitesse ou sur la pente du terrain.

Carte d'un disque de 25 km couvert d'hexagones colorés du violet sombre au jaune selon la norme de la vitesse, avec des flèches est-ouest.
La couche « norme » : l’intensité du mouvement, sans considération de sens. Le violet sombre correspond aux mouvements les plus faibles, le jaune aux plus rapides.
Carte d'un disque de 25 km couvert d'hexagones colorés du crème au rouge foncé selon la pente, avec quelques hexagones gris sans valeur.
La pente du terrain, estimée à partir des points EGMS eux-mêmes. Du crème (pente faible) au rouge foncé (pente forte) ; les hexagones gris n’ont pas de valeur.

En zoomant, la grille se raffine automatiquement :

Carte d'un disque de 25 km couvert d'un grand nombre de petits hexagones bleus et orangés, avec des flèches est-ouest, au niveau de grille r7.
Carte d'un disque de 25 km couvert de petits hexagones bleus et orangés, avec de nombreuses flèches est-ouest, au niveau de grille r8.
Carte d'un disque de 25 km couvert de très petits hexagones, majoritairement bleus, avec des flèches est-ouest, au niveau de grille r9.
Carte d'un disque de 25 km couverte de petits hexagones isolés, dont la plupart sont bleus ou pâles, avec des flèches est-ouest sur les zones où des points de mesure existent.
Résolutions r7 à r10 (arêtes d’environ 1,4 km, 530 m, 200 m et 76 m). Quand on zoome, les hexagones rétrécissent et les mêmes secteurs bleus se précisent.
Un piège de lecture. La grille native EGMS fait 100 m : en r10, 80,6 % des cellules ne contiennent qu’un seul point. En montagne, la donnée est aussi clairsemée (pas de point sur les versants boisés, enneigés ou raides). Un hexagone vide ne signifie pas « pas de mouvement », mais « pas de mesure ».

Cliquer sur une cellule : la série temporelle

Un clic ouvre un panneau avec les caractéristiques de la cellule et l’évolution du déplacement cumulé entre 2020 et 2024. Un contrôle de cohérence interne montre que la pente de ces séries colle à la vitesse annoncée par ailleurs (corrélation de 0,9997). Ce n’est pas une validation : les deux calculs partent du même signal, donc leur accord est presque attendu. Il ne dit rien de la justesse des mesures elles-mêmes.

Panneau flottant d'une cellule affichant son altitude, sa pente et ses vitesses, avec un graphique descendant des mesures de 2020 à 2024 et une droite de tendance.
Une cellule r6 (arête d’environ 3,7 km, 143 points) : vitesse verticale -7,8 mm/an, mesures radar 2020–2024 et droite de tendance.

Le futur : et si le sol continuait comme ça ?

C’est la partie qui m’a le plus amusé, et celle où il faut le plus de prudence. Avec une grille, on peut calculer autour de chaque cellule. J’ai donc ajouté un mode « simulation ».

Ce que la simulation est, et n’est pas

Le satellite ne nous a donné que quatre ans de mesures (2020–2024). La simulation répond à une seule question, volontairement naïve : « que se passerait-il si, dans chaque cellule, le sol continuait exactement au même rythme ? ». Ce n’est donc pas une prévision de ce qui va arriver. C’est un « et si » mécanique, qui sert à comparer des secteurs entre eux et à voir où les ordres de grandeur deviennent significatifs.

Elle fait trois choses, dans cet ordre :

  1. elle prolonge la vitesse mesurée pour obtenir un déplacement cumulé à un horizon choisi ;
  2. elle attribue à chaque cellule un score relatif de susceptibilité ;
  3. elle regarde autour des cellules les plus susceptibles pour repérer les voisines situées en contrebas, qui seraient les premières touchées.

Dans l’interface, on choisit un horizon (aujourd’hui, 15, 30, 50, 100, 200 ou 500 ans) et un scénario. On affiche ensuite au choix le déplacement cumulé, le risque de glissement ou l’année d’atteinte du seuil de 0,5 m. Un bandeau rappelle en permanence : « Simulation exploratoire, pas une prévision ».

Étape 1 : prolonger la tendance

Le principe est volontairement simple : on suppose que la vitesse moyenne 2020–2024 reste constante, et on calcule le déplacement cumulé : cumul = vitesse × durée. Une cellule qui descend de 5 mm par an « descendrait » donc de 0,5 m en 100 ans.

Ce 0,5 m est un seuil arbitraire que j’ai fixé pour obtenir un repère lisible : pour chaque cellule, on calcule en combien d’années il serait atteint (années = 500 ÷ vitesse en mm/an). Ces durées sont comptées à partir de la dernière mesure, fin 2024, et non à partir d’aujourd’hui : « dans 47 ans » correspond donc à l’année 2072 environ. Si la vitesse est inférieure à 1 mm/an, ou si le seuil demanderait plus de 500 ans, aucune échéance n’est affichée.

Cette hypothèse est la plus fragile de toutes : le terrain n’est pas un mouvement uniforme, il accélère, ralentit, réagit à la pluie et à la neige. Plus l’horizon s’éloigne, moins la valeur a de sens. L’interface va jusqu’à 500 ans parce que c’est un curseur ; au-delà d’environ 30 ans, les valeurs sont purement illustratives.

Carte en mode simulation à 100 ans : des hexagones colorés selon le déplacement cumulé, des contours rouges autour des zones à surveiller, et un graphique montrant le seuil de 0,5 mètre atteint en 2072.
Simulation à 100 ans, scénario SSP2-4.5 (SSP : trajectoires socio-économiques partagées ; sensibilité 10 %/°C). Le contour rouge délimite les zones à surveiller. Le bandeau de l’interface le rappelle : « Simulation exploratoire, pas une prévision ». Au-delà de 30 ans, les valeurs sont illustratives.

Étape 2 : un score de susceptibilité

Chaque cellule reçoit un score entre 0 et 1, combinaison pondérée de quatre ingrédients :

  • la vitesse (40 %) : le rang de la cellule par rapport aux autres cellules de la zone ;
  • la pente du terrain (30 %) : quand la pente est inconnue, on lui attribue une valeur par défaut de 0,3 sur 1 ; c’est le cas pour 18 % des cellules r7 et pour 26 à 40 % de celles des niveaux r8 à r10 ;
  • la tendance du mouvement à aller vers l’aval (20 %), estimée avec la seule composante est-ouest ;
  • le rang de la cellule d’après ses voisines (10 %).

On range enfin les cellules en quatre classes : faible, modéré, élevé et critique. Ce sont les libellés de l’interface : « critique » désigne seulement la classe la plus haute du score, pas une situation de danger.

Les pondérations sont fixées à la main. C’est un score relatif : il dit qu’une cellule est plus « susceptible » que les autres de la zone, pas qu’elle a une probabilité donnée de glisser. Conséquence directe : de 23 à 36 % des cellules selon la résolution sortent « à surveiller » par construction, quelle que soit la gravité réelle de la situation. Et une cellule classée « critique » n’est pas en danger : c’est seulement l’une des plus marquées de la zone.

Un mot sur le vocabulaire. Dans l’interface et dans les données, ce score s’appelle « risque ». C’est un raccourci trompeur : un risque suppose des enjeux exposés et une probabilité, et je ne calcule ni l’un ni l’autre. Il s’agit d’une susceptibilité relative, établie à partir de la vitesse et de la pente. Le score n’a pas été comparé à un inventaire de mouvements de terrain connus, et les cellules ne sont pas comparables d’une résolution à l’autre. Les poids sont mes choix, sans analyse de sensibilité. L’interface parle parfois d’une « probabilité p » ; c’est un indice relatif, pas une probabilité.
Carte en mode simulation : chaque hexagone du disque est coloré du jaune pâle au rouge foncé selon son score de susceptibilité, et les cellules les plus marquées sont entourées de rouge.
Score de susceptibilité par cellule (classes faible, modéré, élevé et critique ; score relatif, non calibré). Les contours rouges marquent les zones à surveiller, et les flèches n’indiquent que l’est ou l’ouest. Ce score décrit la situation actuelle : il ne change pas avec le scénario climatique.
Carte en mode simulation : chaque hexagone est coloré selon l'année d'atteinte d'un seuil de 0,5 mètre, du rouge foncé (proche) au crème (lointain), et les hexagones gris n'atteignent pas le seuil.
Année d’atteinte du seuil de 0,5 m, comptée à partir de la dernière mesure (décembre 2024), scénario SSP2-4.5. Les teintes rouges indiquent les échéances les plus proches ; le gris signifie que le seuil n’est pas atteint en 500 ans, ou que la vitesse est inférieure à 1 mm/an. Une échéance est un calcul linéaire, pas une date de glissement.

Étape 3 : l’avantage de H3, propager vers les voisines

Pour chaque cellule « source » (score élevé et pente suffisante), on regarde les anneaux d’hexagones voisins, sur 3 à 4 rangs. Une voisine est dite « en aval » si elle est plus basse d’au moins 1 m et si la direction vers elle reste proche de l’exposition de la pente (écart maximal de 70°). Cette notion d’« aval » suit une règle géométrique simple : aucun calcul d’écoulement de l’eau ni de modèle numérique de terrain n’est fait. L’influence décroît avec la distance.

Deux biais sont à garder en tête. D’abord, une voisine sans aucune mesure n’existe pas dans les données : la propagation reste donc confinée aux zones mesurées, et ignore les forêts et la neige. Ensuite, quand la pente est inconnue, la règle d’alignement n’est plus testée. C’est ce calcul « autour d’un hexagone » qui était mon objectif de départ, et il coûte très peu de calcul avec H3.

Concrètement, l’influence qu’une source exerce sur une voisine est un indice entre 0 et 1. Il dépend du score de la source, de la distance (elle chute vite d’un anneau à l’autre), de l’alignement avec la pente et de la dénivellation. On ne garde que les influences supérieures à 0,05, avec au plus huit voisines par source. Quand une cellule est atteinte par plusieurs sources, on retient la plus forte influence, sans les additionner.

Un exemple. Une cellule de résolution 9 se déplace de 20,4 mm par an et obtient un score de 0,87. Elle ne repose pourtant que sur trois points de mesure, ce qui invite à la prudence. Sa première voisine en contrebas reçoit un indice d’influence de 0,45. Ce 0,45 n’est pas une probabilité : c’est un indice relatif, qui n’a de sens que pour comparer des cellules entre elles.

Sur la résolution 10, cela donne 3 788 sources, 5 833 cellules impactées et 17 893 liens aval.

Déplacement cumulé d’une cellule r7 (en mètres), tendance actuelle et scénario SSP2-4.5 (non calibré). Les valeurs sont lues dans l’interface et recalculées d’après web/data/sim_r7.json.
Horizon Tendance actuelle SSP2-4.5 Écart
15 ans 0,15 0,16 +0,01
30 ans 0,31 0,32 +0,01
50 ans 0,51 0,54 +0,03
100 ans 1,02 1,11 +0,09
200 ans 2,05 2,28 +0,23
500 ans 5,12 5,79 +0,67

Pour cette cellule, le scénario ne change presque rien avant 100 ans (+0,09 m) et n’a d’effet marqué qu’à très long terme, là où l’extrapolation n’a plus aucun sens. Le scénario n’est ici qu’un facteur multiplicatif modeste appliqué à un déplacement déjà linéaire. La cellule est classée « critique » (score relatif de 0,92) et a sept voisines en contrebas, dont la plus touchée a un indice de 0,30. Ce 0,30 n’est pas une probabilité.

Les scénarios climatiques SSP

Pour voir « ce qui se passerait selon différentes trajectoires », j’ai ajouté trois scénarios climatiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), appelés SSP pour « trajectoires socio-économiques partagées » : SSP1-2.6, SSP2-4.5 et SSP5-8.5. Plus le second chiffre est grand, plus le réchauffement est fort. L’hypothèse de jeu est que la vitesse du sol augmente quand le climat se réchauffe. Elle s’accompagne d’une sensibilité réglable (10 % de vitesse en plus par °C, par défaut) et d’un facteur d’amplification pour le réchauffement alpin. Ce facteur suppose que le réchauffement alpin dépasse la moyenne mondiale, affirmation que je n’ai pas sourcée ici. Aucun de ces deux paramètres n’est validé : ce sont des curseurs pour explorer des « et si ».

Capture du mode simulation : à gauche, le sélecteur de scénario SSP2-4.5, les curseurs de sensibilité (10 % par °C) et d'amplification alpine (1,0), et un encadré rouge d'avertissement ; à droite, la carte colorée du déplacement cumulé à 100 ans.
Les réglages des scénarios : scénario SSP2-4.5, sensibilité de 10 % par °C et amplification alpine de 1,0 (valeurs par défaut). L’encadré rouge rappelle que ces valeurs sont des hypothèses non calibrées, pas une prévision du mouvement du sol.

Le mécanisme est le suivant : on part du réchauffement moyen attendu sur 2081–2100 dans le scénario choisi, et on le fait croître progressivement de 2024 à 2100. On augmente alors la vitesse de chaque cellule de « sensibilité × réchauffement ». Exemple avec SSP2-4.5 (2,7 °C en 2081–2100, soit 1,4 °C de plus que le niveau de départ de 1,3 °C que j’ai retenu) et la sensibilité par défaut de 10 % par °C : en 2100, la vitesse est majorée de 14 %. Le déplacement à 100 ans passe ainsi d’environ 1,02 m à 1,11 m dans l’exemple de la capture ci-dessus. Après 2100, le réchauffement est supposé constant, et l’interface grise la zone concernée.

Les températures ci-dessous sont des meilleures estimations du GIEC (rapport AR6). Je n’ai pas pu lire le tableau d’origine du rapport AR6 du GIEC (accès refusé) : ces valeurs viennent d’une source secondaire (Agence européenne pour l’environnement) et d’un miroir non officiel, et sont à recouper avant citation. Le réchauffement est compté à partir d’un niveau de départ de 1,3 °C, choisi comme niveau de long terme pour la modélisation. La valeur observée pour 2024 est plutôt de l’ordre de 1,55 °C (Organisation météorologique mondiale, OMM). Ce choix change les trajectoires : avec 1,55 °C, elles seraient moins sévères.

Réchauffement moyen attendu en 2081–2100, par scénario (meilleure estimation, source secondaire)
Scénario Réchauffement 2081–2100
SSP1-2.6 1,8 °C
SSP2-4.5 2,7 °C
SSP5-8.5 4,4 °C
Ce que les scénarios ne font pas. Ils modifient le déplacement cumulé et l’année d’atteinte du seuil, mais pas le score de susceptibilité, ni les sources, ni la propagation, qui restent ceux de la situation actuelle. Précipitations extrêmes, fonte de neige, pergélisol et cycles gel-dégel ne sont pas modélisés.

Filtrer, isoler, repérer

On peut filtrer les cellules selon la vitesse, la pente, la classe ou le statut de source.

Panneau de filtres ouvert, listant les 387 cellules de résolution 7 réparties par force de mouvement.
Carte où seules 28 cellules sur 387 restent affichées après le décochage des mouvements stables et lents.
À gauche, le panneau de filtres avec les 387 cellules de résolution 7 réparties par force de mouvement. À droite, une fois les mouvements « stables » et « lents » décochés, 28 cellules sur 387 restent affichées. Les cellules filtrées sont masquées, pas grisées.
Carte en mode simulation où des hexagones à contour rouge, marquant les zones à surveiller, sont entourés de cellules voisines colorées en orange, indiquant des impacts aval potentiels.
Les zones impactées en aval des cellules sources. Contraste modéré : la teinte orange est discrète (opacité 55 %), il faut donc regarder de près.

Trois fonds de carte sont proposés (couleur, noir et blanc, sombre), pour que les hexagones restent lisibles :

Carte en mode simulation, avec un fond de carte en nuances de gris et des hexagones colorés et entourés de rouge par-dessus.
Carte en mode simulation sur fond sombre, avec des hexagones colorés et entourés de rouge au premier plan.
À gauche, le fond noir et blanc : les couleurs des hexagones ressortent davantage, au détriment des noms de lieux. À droite, le fond sombre : plus confortable la nuit, mais les noms de lieux y sont peu lisibles.

Et sur mobile

L’interface est pensée pour s’adapter aux téléphones (réglages dans un tiroir, graphique en feuille basse). Je ne l’ai testée que dans Chrome : le comportement sur d’autres navigateurs reste à vérifier.

Écran de téléphone montrant la carte en plein écran, avec une barre « Mouvements du sol / Réglages » et une légende réduite.
Écran de téléphone avec une feuille basse qui affiche les caractéristiques d'une cellule et son graphique.
Écran de téléphone en mode simulation, avec la carte colorée du déplacement cumulé à 100 ans.
Sur un écran de 390 pixels de large : la vue initiale, où la carte occupe l’écran et où réglages et légende sont repliés ; la feuille basse d’une cellule de 9 km (r5) ; et le mode simulation.

Que faire de ces résultats ?

Pour l’instant, surtout les regarder avec curiosité. La carte peut aider à repérer où les mesures satellites montrent du mouvement, à comparer des secteurs, et à se poser des questions. Elle ne remplace ni une étude géotechnique, ni les cartes officielles, ni les services compétents, et elle ne doit servir ni à décider d’une évacuation, ni à un choix d’urbanisme.

Pistes pour le rendre plus rigoureux

Voici ce que je voudrais tester ensuite, et sur quoi je cherche des avis :

  • Un backtest. Ajuster la tendance sur 2020–2022, « prédire » 2023–2024, et mesurer l’erreur, surtout sur les cellules qui contiennent au moins trois points.
  • Une comparaison à des événements réels, par exemple l’inventaire national des mouvements de terrain du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), pour savoir si les classes « élevé » et « critique » ressortent mieux que le hasard.
  • Une analyse de sensibilité : faire varier les poids du score, retirer chaque ingrédient, changer la taille de la fenêtre de pente, et regarder si les cellules mises en avant restent les mêmes.
  • Des médianes et un effectif minimal par cellule, au lieu de moyennes qui peuvent s’annuler ou être tirées par une valeur aberrante.
  • L’incertitude fournie par EGMS pour chaque point, afin d’afficher des intervalles de confiance sur les vitesses et sur les échéances.
  • Une tendance qui tient compte des saisons, car la neige et la pluie font osciller les mesures d’une année à l’autre.
  • Un vrai modèle numérique de terrain pour remplacer les altitudes tirées des points de mesure.

Ce que j’en retiens

H3 transforme un nuage de points en un objet sur lequel on peut calculer : voisinage, hiérarchie, agrégation à plusieurs échelles, le tout dans un navigateur et avec des fichiers statiques. Pour explorer des données d’observation de la Terre, c’est un cadre à la fois simple et prometteur, à condition de ne pas lui faire dire plus que ce que les données permettent. La suite logique : ajouter la composante nord, croiser avec un modèle numérique de terrain et un inventaire de mouvements connus, pour mesurer enfin si le score dit quelque chose de vrai.

Avant d’ouvrir la carte : les contours rouges et la classe « critique » désignent les cellules les plus marquées de la zone d’après un score relatif, pas des lieux dangereux. Ils ne disent rien d’un bâtiment, d’une commune ou d’un terrain en particulier.

Ouvrir la carte interactive (prototype)

Avertissement et mentions

  • Cet outil et ce texte sont fournis à titre d’information. Ce sont des expériences exploratoires, fournies « en l’état », sans garantie d’exactitude, d’exhaustivité ni d’actualité.
  • Ni l’auteur ni Claude ne sont responsables de l’usage qui pourrait en être fait. Ce travail ne constitue ni un avis d’expert, ni une expertise géotechnique, ni une évaluation d’aléa ou de risque au sens réglementaire. Ne l’utilisez pas pour la sécurité des personnes, une évacuation, une assurance, une vente immobilière ou un choix d’urbanisme.
  • Pour l’information officielle sur les risques naturels en France, reportez-vous aux sources officielles : Géorisques (georisques.gouv.fr), le BRGM, les plans de prévention des risques naturels (PPRN) de votre commune, la mairie et les services de l’État.
  • Les données ne concernent aucune personne ni aucune parcelle identifiable : la résolution minimale (environ 76 m) ne permet pas d’attribuer un mouvement à un bâtiment ou à un terrain précis. Aucune donnée personnelle n’est collectée ni traitée par cet article.
  • La carte n’est pas validée. Les noms de lieux ne sont cités que pour situer la zone d’étude, sans jugement sur leur sécurité.
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