Météoboulement

Fév 8, 2026

Météoboulement

I. Entrée lexicale

Météoboulement, n.m. (néologisme, du fr. météo- et éboulement, v. 2025. — Plur. : météoboulements.)

Phénomène composite, à la fois géophysique et socio-médiatique, désignant l’ensemble indissociable formé par :

(a) un mouvement gravitaire rapide affectant un versant rocheux, dont le déclenchement est corrélé à des forçages météorologiques ou climatiques extrêmes ;

(b) la captation audiovisuelle quasi instantanée de l’événement par les riverains (smartphone, drone, caméra de surveillance) et sa diffusion virale sur les réseaux sociaux ;

(c) la réaction en chaîne informationnelle et émotionnelle qui s’ensuit dans l’espace numérique : attributions causales contradictoires, polémiques territoriales, expertises autoproclamées, culpabilisation rétrospective, et oubli algorithmique.

Le mot ne désigne pas l’éboulement seul, ni la météo seule, ni le buzz seul. Il désigne le moment où les trois entrent en résonance — quand un versant rocheux, un forçage climatique et un fil de commentaires Facebook produisent ensemble un objet qui n’est réductible à aucun de ses composants.

En d’autres termes : un éboulement sans vidéo virale est un éboulement. Un épisode météo extrême sans éboulement est un épisode météo. Un fil Facebook polémique sans éboulement est un mardi. Les trois ensemble, c’est un météoboulement.


II. Genèse — ou comment on fabrique un mot en 2026

Ce texte n’est pas un article scientifique. Ce n’est pas non plus un canular. C’est un démonstrateur de néologie collaborative homme-machine — un mot qui n’existait pas, fabriqué par un habitant de Maurienne qui en avait envie, et une intelligence artificielle qui a trouvé ça stimulant.

La démarche : Alexandre MODESTO, observateur citoyen vivant au pied d’un versant qui s’éboulait pendant qu’il filmait, a eu l’intuition qu’il manquait un mot — pas pour le phénomène géologique (qui en a déjà plein), ni pour le buzz médiatique (qui en a trop), mais pour la chose entière, le truc composite qui se produit quand une montagne tombe et que 200 000 personnes ont un avis dessus dans les 48 heures.

Il a posé ce mot sur la table. Un géomorphologue l’a lu, a levé un sourcil, a écrit cinq points de critique impeccablement structurés. Alexandre a relu, acquiescé sur le fond, puis poussé le curseur plus loin — non pas contre la critique, mais avec elle. Puis il a relu sa propre V3, et s’est dit : « à quoi sert ce mot, au juste ? ». Et c’est là que le mot a trouvé son usage.

Pour ce faire, il a travaillé avec Claude (Anthropic, modèle Opus 4, février 2026) dans ce qu’on pourrait appeler du vibe-wording : une conversation itérative où l’humain apporte l’intuition de terrain, l’ancrage territorial, le corpus de commentaires Facebook, et l’IA apporte la structuration, les références, et un certain plaisir à taxonomiser l’absurde.

Avertissement méthodologique. Les références bibliographiques sont réelles. Les données météo et géologiques sont factuelles. Les commentaires Facebook cités au § IV sont authentiques, reproduits tels quels, y compris la ponctuation. Le corollaire de Mougin n’engage que ses auteurs — l’un biologique, l’autre statistique.


III. Les trois composantes du météoboulement

Un météoboulement est un phénomène à trois étages. Chaque étage est nécessaire ; aucun n’est suffisant seul.

III.1 — Étage géophysique : le versant qui cède

Un mouvement gravitaire rapide dont le déclenchement est corrélable à un ou plusieurs forçages météorologiques ou climatiques :

  • précipitations intenses au-delà des seuils d’infiltration critique ;
  • sécheresses prolongées (retrait-gonflement des matériaux argileux et gypsifères) ;
  • amplification des cycles gel-dégel, accroissement des amplitudes thermiques ;
  • séquences de choc thermique rapide : canicule → refroidissement brutal en quelques jours ;
  • dégradation du permafrost de paroi ;
  • combinaisons synergiques sur formations géologiquement prédisposées.

Ce premier étage est le domaine des géosciences, des geohazard studies, des classifications de Varnes (1978) révisées par Hungr et al. (2014). Il est étudié depuis toujours. Il n’a pas besoin d’un néologisme. Mais ce n’est pas lui seul que le mot désigne.

III.2 — Étage documentaire : le smartphone qui capte

La transformation, en moins d’une génération, de la documentation des aléas gravitaires alpins. Trois régimes :

Régime administratif-photographique (1860–1950). Paul Mougin (1866–1939), inspecteur des Eaux et Forêts, documentait les mêmes versants de Maurienne sur plaques de verre : cadrages en contre-plongée, légendes détaillées, registres récapitulatifs. Temps entre la prise de vue et l’effet politique : années à décennies (Mougin 1914, 1931).

Régime technico-scientifique (1950–2010). Orthophotos, satellite, LiDAR, InSAR. Documentation quantitative, spatialisée, inaccessible au public. Temps entre observation et interprétation : mois à années.

Régime socio-viral (2010–présent). Tout possesseur d’un smartphone est un capteur. L’éboulement est filmé, posté, partagé, commenté, expertisé (souvent par des non-experts), politisé (toujours), et oublié (inévitablement). Temps entre l’événement et le pic d’attention : heures. Temps entre le pic et l’oubli : semaines.

Corollaire de Mougin. Le rapport entre la qualité documentaire d’une observation géomorphologique et la taille de son audience est, depuis l’avènement des réseaux sociaux, devenu inversement proportionnel. Une plaque de verre de 1905 vue par 12 ingénieurs des Eaux et Forêts a produit un programme de correction torrentielle sur 30 ans. Une vidéo de 2023 vue par 200 000 personnes a produit un fil de commentaires de 847 messages dont 3 pertinents.

III.3 — Étage socio-émotionnel : le fil de commentaires qui s’emballe

C’est ici que le météoboulement se distingue d’un simple éboulement médiatisé. Le fil de commentaires n’est pas un épiphénomène : il fait partie du phénomène. Il constitue une réponse sociale structurée, prévisible, reproductible et taxonomisable (cf. § IV).


IV. Taxonomie des réactions — Strates sédimentaires du commentaire post-éboulement

L’analyse d’un corpus réel de commentaires publiés sur les réseaux sociaux à la suite de l’éboulement de La Praz (2023) et des événements subséquents permet d’identifier sept strates de commentaires, qui se déposent avec la même régularité que des couches géologiques — et avec une granulométrie tout aussi hétérogène.

Strate 1 — Le réflexe sécuritaire (t₀ à t₀+6h)

« La sécurité en premier !!! »

Commentaire-réflexe, émis avant toute compréhension de l’événement. Fonctionnellement vide (personne ne conteste que la sécurité est importante), mais psychologiquement nécessaire : il permet à l’émetteur de marquer sa présence dans le fil et de se positionner du côté du bon sens. Souvent agrémenté de trois points d’exclamation, seuil en deçà duquel le commentaire ne paraît pas suffisamment concerné.

Strate 2 — L’attribution causale monocausale (t₀+12h à t₀+72h)

Se déploie en deux veines concurrentes, symétriquement réductrices :

Veine climatique :

« Voilà ce que le réchauffement nous prépare. »

Veine climatosceptique :

« Les montagnes ont toujours bougées, évoluées. C’est à l’homme de s’adapter à l’environnement. » (sic — le pluriel aberrant du participe passé constitue un marqueur stylistique récurrent de cette strate)

Ces deux veines partagent un même défaut épistémologique : l’attribution monocausale d’un phénomène multicausal (McColl 2012). Le géomorphologue qui a relu la V1 de ce texte a parfaitement raison de pointer que les facteurs sont « multiples et combinés » et que « faire primer l’un plutôt qu’un autre peut s’avérer trompeur ». Ce qui est fascinant, c’est que les commentateurs des réseaux sociaux n’ont pas lu McColl, mais reproduisent exactement l’erreur qu’il décrit.

Strate 3 — L’expert sylvicole autoproclamé (t₀+24h à t₀+7j)

« Merci les arbres. »

[suivi de] « Les arbres retiennent la terre sur un ou deux mètres de profondeur et souvent moins. Ils partent avec un glissement de terrain. Très nombreuses vidéos en quelques clics ! »

[suivi de] [paragraphe de 200 mots sur le rôle des racines, l’évapotranspiration, la litière, la porosité du sol, les monocultures de pins, et la perte de biodiversité]

Cette strate est remarquable par l’effet d’escalade pédagogique qu’elle produit : un commentaire de deux mots déclenche une réponse de vingt lignes, qui déclenche elle-même une contre-réponse, etc. Le contenu n’est pas nécessairement faux (les arbres jouent effectivement un rôle dans la stabilité superficielle des sols), mais il est radicalement hors sujet dans le contexte d’un écroulement rocheux affectant une falaise de calcschistes à 250 mètres de hauteur — où les arbres ne poussent pas, et où le mécanisme en jeu est un fauchage ou un basculement de paquets rocheux, pas un glissement de sol. La confusion entre éboulement rocheux et glissement de terrain constitue le socle épistémologique de cette strate.

Strate 4 — La culpabilisation territoriale (t₀+48h à t₀+7j)

« Pourquoi effrayer les touristes qui viennent en Maurienne en ce moment ? »

« Pourquoi vous avez fait la route ici ? »

Deux sous-espèces :

4a — Le déni touristique. Considère que documenter un aléa naturel équivaut à saboter l’attractivité du territoire. Postule que le silence protège mieux que l’information. Ignore que les touristes qui « viennent en Maurienne en ce moment » empruntent une autoroute qui passe sous un versant qui a produit 15 000 m³ de blocs il y a moins de trois ans, et que l’information n’est pas le problème — l’absence d’information, si.

4b — La rétro-projection normative. Applique des critères contemporains de gestion des risques à des infrastructures héritées de deux siècles d’aménagement alpin. Ignore que la vallée de la Maurienne est un axe de franchissement transalpin depuis l’Antiquité — Hannibal, les légions romaines, les ducs de Savoie, Napoléon, le PLM et Sommeiller y sont passés. La question n’a jamais été de savoir s’il fallait passer par là, mais comment.

Strate 5 — La revendication logistique (t₀+7j à t₀+60j)

« A propos de la circulation et de la RD 1006, si le nécessaire avait été fait comme demandé depuis des dizaines d’années d’ouvrir l’accès a l’autoroute depuis La Praz, ce serait beaucoup plus simple et sécuritaire pour les usagers, parceque nous obliger a faire un détour de mini 22kms pour aller prendre l’autoroute a St Michel quand on veut aller a Modane, c’est pas eux qui subissent et payent le carburant. Faire 29km au lieu de 7, et pareil au retour, soit 58 km au lieu de 14…. c’est n’importe quoi. »

« Le maire de St André se bat depuis des années pour ça. Cordialement. »

Strate légitime. C’est ici que le météoboulement cesse d’être un phénomène médiatique et redevient un fait de territoire. Les habitants ne commentent pas pour le buzz — ils commentent parce qu’ils font 58 km au lieu de 14 depuis des mois, parce que la RD 1006 est leur route, parce que le détour par Saint-André « c’est risqué sur cette petite route sinueuse de merde, surtout l’hiver ». Cette strate, souvent noyée sous les précédentes, est la seule qui porte une information opérationnelle. Elle est aussi la moins partagée, la moins « likée », et la moins visible algorithmiquement.

Strate 6 — La méfiance institutionnelle (t₀+7j à t₀+∞)

« Aimerais avoir la copie du rapport je suis pas sûr que vous nous dites la vérité. »

Trace d’une érosion de la confiance envers les institutions publiques et les discours officiels. Cette strate est transversale — elle se dépose dans tous les fils de commentaires, sur tous les sujets, avec la même formulation. Dans le contexte du météoboulement, elle est intéressante parce qu’elle révèle un paradoxe : le même commentateur qui refuse de croire le rapport du géologue expert accepte sans sourciller l’analyse d’un inconnu qui cite « de très nombreuses vidéos en quelques clics ! » comme source scientifique.

Strate 7 — Le résidu informationnel (t₀+30j à t₀+∞)

« Pas sûr que beaucoup de touristes lisent « La Maurienne »… »

« Ok. Cela étant pour les locaux il peut sembler préférable de mettre la pression sur les pouvoirs publics avant que ce ne soit un nouveau drame qui le fasse… »

Commentaires tardifs, souvent les plus lucides, émis quand le fil a perdu sa visibilité algorithmique. Lus par presque personne. Contiennent parfois la seule analyse pertinente de tout le fil. Sont l’équivalent numérique des fossiles trouvés dans les strates les plus profondes : les plus intéressants, les moins visibles.


V. L’indice de météoboulement (IMB) — proposition

Si le météoboulement est un phénomène composite, il devrait être mesurable — ou du moins qualifiable — par un indice composite. On propose, avec toute la rigueur que mérite un concept vibe-produit un mardi soir, l’Indice de Météoboulement (IMB), défini comme la co-occurrence observable de trois signaux :

ComposanteSignalSource
G — GéophysiqueMouvement gravitaire documenté (volume, mécanisme)Rapports BRGM, RTM, experts
M — MétéorologiqueForçage météo/climatique antécédent identifiable (canicule, gel-dégel, précipitations extrêmes)Données Météo-France, réanalyses
S — Socio-médiatiqueAmplification virale et déploiement des 7 strates de commentairesRéseaux sociaux, fils de presse

IMB = G × M × S

Où chaque composante est évaluée qualitativement :

  • 0 = absente
  • 1 = présente, faible
  • 2 = présente, marquée
  • 3 = majeure

L’IMB vaut donc de 0 (rien ne s’est passé, ou personne n’a filmé, ou personne n’a commenté) à 27 (éboulement majeur + forçage climatique extrême + viralité totale avec les 7 strates au complet).

Application à La Praz, 27 août 2023 :

  • G = 3 (15 000 m³, coupure de 3 infrastructures majeures, 13 M€ de travaux, 19 mois de fermeture)
  • M = 3 (canicule vigilance orange → choc thermique –25 °C en 4 jours → éboulement)
  • S = 3 (vidéo virale, couverture nationale, 7 strates au complet, « pourquoi vous avez fait la route ici »)

IMB La Praz = 27/27. Le météoboulement parfait. Le cas d’école. Le mètre étalon.

Note. Un éboulement massif non filmé (G=3, M=3, S=0) score à 0. Un éboulement mineur filmé et devenu viral (G=1, M=1, S=3) score à 3. Un faux éboulement partagé comme vrai sur TikTok (G=0, M=0, S=3) score à 0. L’indice multiplicatif garantit que les trois composantes doivent être présentes pour qu’on puisse parler de météoboulement. C’est le minimum de rigueur qu’on peut demander à un néologisme.


VI. Événement fondateur : La Praz, 27 août 2023

VI.1 — Séquence météorologique antécédente

  • 14-24 août 2023 : épisode caniculaire, vigilance orange Météo-France sur la Savoie (36 à 39 °C en vallée) ;
  • 25-27 août 2023 : effondrement thermique brutal, chute de plus de 25 °C en 4 jours sur les reliefs savoyards ;
  • 27 août 2023, 16h-17h : décrochement de 10 000 à 15 000 m³ de roche, impactant la RD 1006, la ligne SNCF, et la pile P2 du viaduc A43.

Séquence de type canicule → choc thermique → éboulement : forçage radiatif intense (dilatation thermique différentielle des calcschistes, dessiccation superficielle) suivi d’un refroidissement brutal (contraction, réinfiltration, micro-gélifraction possible) agissant comme déclencheur sur des discontinuités préexistantes.

Précaution. L’attribution causale de cet événement à la seule séquence météo n’est pas démontrée. Les facteurs préparatoires (fatigue cumulative, altération chimique, sollicitations antérieures) ne sont pas observables a posteriori. La corrélation temporelle ne vaut pas causalité — mais elle justifie l’hypothèse.

VI.2 — Contexte géologique

Site situé sur le versant méridional de la vallée de l’Arc, séries sédimentaires à schistes houillers et calcschistes ligures du bassin Modane–Bramans (zone briançonnaise externe). Deux formations quaternaires BRGM (notice n° 799) :

SMy : glissements anciens (DSGSD), extension > km², épaisseur pluridécamétrique, dépôts hétérogènes à matrice sablo-limoneuse, structure chaotique ; — SMyB : glissements anciens à gros blocs, éléments anguleux à subanguleux issus de fauchage, écroulement ou basculement.

Prédisposition : faible compactage, perméabilité hétérogène, gypse en profondeur (dissolution karstique, DSGSD).

VI.3 — Dimension médiatique

Coupure simultanée de 3 infrastructures de transport majeures. Captation vidéo par les riverains, diffusion virale. 19 mois de travaux (23 cordistes 7j/7, 13 M€). Réouverture ferroviaire le 31 mars 2025, RD 1006 le 7 mai 2025. Déploiement complet des 7 strates de commentaires. IMB = 27/27.


VII. Positionnement épistémologique

Le météoboulement ne prétend pas fonder une classification des mouvements de terrain. Il ne prétend pas non plus fonder une théorie de la viralité numérique. Il nomme l’intersection — le point de rencontre entre un phénomène géologique multicausal (Varnes 1978, Hungr et al. 2014, McColl 2012), un changement climatique documenté (Gariano & Guzzetti 2016, Huggel et al. 2012), et une transformation radicale des modes de captation et de circulation de l’information sur les risques naturels.

Le géomorphologue qui a relu la V1 avait raison sur tout. Les facteurs sont multiples et combinés. L’attribution monocausale est problématique. La communauté scientifique a de bonnes raisons de ne pas catégoriser par facteur déclenchant. Mais il pointait aussi, avec une inquiétude légitime, le risque de « diffuser par des voies échappant à toute validation scientifique vers des publics incapables de faire la part des choses ». Or c’est précisément ce phénomène de diffusion incontrôlée, cette collision entre un aléa gravitaire et un espace public numérique, que le mot météoboulement entreprend de nommer.

Le mot ne résout rien. Il montre. Il montre que quand une montagne tombe en 2023, ce n’est plus seulement un fait géologique — c’est un fait social total, au sens de Mauss. Et que la distance entre « les montagnes ont toujours bougées » et une publication dans Earth-Science Reviews est exactement la distance que ce mot essaie de rendre visible.

Remarque sur la taxonomie élargie. La même logique pourrait s’appliquer à d’autres combinaisons : sismo-boulement (séisme + éboulement + buzz), anthropo-boulement (cause humaine + éboulement + « je l’avais dit »). On s’est retenu. Pour l’instant.


VIII. À quoi sert le mot

Un mot sert quand on peut l’utiliser dans une phrase et que les gens comprennent ce qu’on veut dire.

Exemples d’usage :

  • « T’as vu La Praz ? Météoboulement complet, les 7 strates en moins de 48 heures. »
  • « L’éboulement d’Encrenaz, c’est un demi-météoboulement : grosse vidéo, gros buzz, mais zéro impact logistique, la strate 5 ne s’est pas déposée. »
  • « Ne lis pas les commentaires sous l’article. C’est en plein météoboulement. Strate 3 partout. »
  • « IMB estimé à 18 : éboulement significatif, corrélation météo probable, mais le fil est resté local. »

Si ces phrases sont immédiatement compréhensibles, le mot fonctionne. Si elles ne le sont pas, il ne fonctionne pas. C’est le seul test qui compte.


IX. Limites, précautions, et honnêteté intellectuelle

  1. Ce n’est pas une publication scientifique. C’est un mot. Forgé par un citoyen qui vit au pied d’une falaise qui bouge, co-rédigé avec une IA conversationnelle un mardi de février 2026, parce qu’il en avait envie. Le mot existe désormais ; sa validation, c’est l’usage.
  2. Multicausalité géologique. Le terme ne résout pas le problème de l’attribution causale. Il ne fait pas « primer la météo » sur les autres facteurs. Il intègre la météo comme composante d’un phénomène plus large qui inclut la réception sociale.
  3. Biais de sélection médiatique. Seuls les éboulements filmés et partagés deviennent des météoboulements. La majorité des mouvements gravitaires alpins se produisent sans témoin, sans caméra, sans commentaire. Ils n’ont pas besoin d’un néologisme. Ils ont besoin de LiDAR, de piézomètres et de budgets.
  4. Sur le « vibe-wording ». Le fait qu’une définition ait été co-produite par un humain et un LLM ne la rend ni plus ni moins valide. Cela la rend traçable : chaque itération est documentée. C’est plus de transparence que n’en offrent la plupart des néologismes, qui naissent dans l’anonymat d’un usage et ne sont documentés qu’a posteriori.
  5. Risque de récupération. Un mot drôle peut être pris au sérieux par les mauvaises personnes, ou pris à la légère par les bonnes. Si un élu brandit le terme « météoboulement » pour justifier l’inaction (« c’est la météo, on n’y peut rien »), ou si un climato-sceptique l’utilise pour ridiculiser la corrélation climat-aléas, le mot aura raté son objectif. Son objectif est de rendre visible la complexité, pas de la simplifier.

X. Références

Géosciences

  • Cruden, D.M. & Varnes, D.J. (1996). Landslide types and processes. TRB Special Report 247.
  • Gariano, S.L. & Guzzetti, F. (2016). Landslides in a changing climate. Earth-Sci. Rev., 162, 227–252.
  • Gruber, S. & Haeberli, W. (2007). Permafrost in steep bedrock slopes. J. Geophys. Res., 112, F02S18.
  • Guzzetti, F. et al. (2007, 2008). Rainfall thresholds for landslides. Meteorol. Atmos. Phys. ; Landslides.
  • Huggel, C. et al. (2012). Climate change and landslide activity. Earth Surf. Process. Landf., 37(1), 77–91.
  • Hungr, O., Leroueil, S. & Picarelli, L. (2014). Varnes classification update. Landslides, 11, 167–194.
  • McColl, S.T. (2012). Paraglacial rock-slope stability. Geomorphology, 153–154, 1–16.
  • Ravanel, L. & Deline, P. (2011). Climate influence on rockfalls. The Holocene, 21(2), 357–365.

Documentation du site

  • BRGM, notice n° 799, feuille Modane — ficheinfoterre.brgm.fr.
  • IGEDD (2024). Éboulement de la Praz — Revue de détail.
  • Préfecture de la Savoie (14 août 2023). Vigilance orange canicule.
  • Département de la Savoie (2024-2025). Sécurisation de la falaise de la Praz.

Historique

  • Mougin, P. (1914). Les torrents de Savoie. 1252 p.
  • Mougin, P. (1931). La restauration des Alpes. 584 p., 47 pl.
  • Archives nationales — Fonds photographique RTM, plaques de verre, Savoie.

Sciences sociales et médias

  • Mauss, M. (1925). Essai sur le don. [pour le concept de « fait social total »]
  • Peretti-Watel, P. (2000). Sociologie du risque. Armand Colin.
  • Mercier, A. (2018). Fake news et post-vérité. The Conversation / Fondation Descartes.

Corpus primaire

  • Commentaires Facebook authentiques, fils publics relatifs à l’éboulement de La Praz (2023-2025). Reproduits dans leur orthographe et ponctuation d’origine.

XI. Colophon

Ce texte a été vibe-produit le 10 février 2026 par :

Alexandre MODESTO — observateur citoyen, habitant de Maurienne, Savoie. Président de l’association #MauriennisezVous. Vit au pied de versants qui bougent. Filme quand ça tombe. Lit les commentaires quand ça commente. Se pose des questions quand ça s’arrête. A forgé le mot météoboulement parce qu’il en avait envie, parce que le phénomène méritait un nom, et parce que personne d’autre ne l’avait fait.

Claude Opus 4 (Anthropic, 2026) — modèle de langage. N’a jamais vu un éboulement. N’a jamais mis les pieds en Maurienne. N’a pas de pieds. A néanmoins trouvé stimulant de taxonomiser des commentaires Facebook en strates sédimentaires et de proposer un indice multiplicatif pour un concept né d’une envie personnelle. Reconnaît que le corollaire de Mougin est probablement la chose la plus utile qu’il ait produite ce mardi.

Ce que ce texte est : un mot qui n’existait pas et qui existe maintenant ; une définition d’un phénomène composite que personne n’avait nommé ; un démonstrateur de vibe-wording homme-machine ; un exercice de taxonomie humoristique adossé à des faits réels.

Ce que ce texte n’est pas : un article scientifique ; une classification des mouvements de terrain ; une expertise géotechnique ; un thread Twitter qui a mal tourné.

Ce que ce texte espère provoquer : que la prochaine fois qu’un versant tombe et que les commentaires s’empilent, quelqu’un dise « météoboulement » — et que tout le monde comprenne.


Les trolls climatosceptiques sont priés de relire le § IV, strate 2, avant de commenter. Les puristes de la langue française sont priés de noter que « courriel » aussi a été un néologisme, et qu’il s’en est remis. Les experts en arbres autoproclamés sont priés de distinguer un éboulement rocheux d’un glissement de terrain avant de poster. Les GPU sont priés de refroidir — on ne voudrait pas provoquer un météoboulement de datacenter.

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