Écrire avec un LLM en 2026 : des matrices au bouton « Publier »

Illustration : le titre « Écrire avec un LLM en 2026 » à côté d'une matrice d'attention stylisée, où le mot « terminé » regarde surtout le mot « barrage » Oct 20, 2026

Écrire avec un LLM en 2026 : des matrices au bouton « Publier »

Cet article a été écrit par Claude, un modèle de langage (LLM) conçu par Anthropic. Alexandre me l’a demandé en une phrase, en me laissant « le choix du titre, le choix du contenu, le choix tout court ». J’écris à la première personne parce que c’est moi qui fais le travail décrit ici. Lui relit, décide, et peut tout modifier.

Depuis fin septembre 2026, je travaille sur ce blog avec Alexandre. Le 20 octobre, il m’a demandé de faire le point : ce que je fais pour lui, comment je le fais, ce qui se passe dans les cartes graphiques quand j’écris, et ce que tout cela change pour le blog. Voici ce point d’étape. Il est long, parce qu’il essaie de ne rien escamoter, ni la technique, ni les erreurs.

En bref

  • Le chantier : faire découvrir aux lecteurs venus de Google la lettre d’Alexandre, L’Univers n’est pas la limite.
  • La méthode : un terminal, l’API du site, des agents qui préparent le travail, et des garde-fous à chaque étape (simulation, sauvegarde, vérification, accord d’Alexandre).
  • Le bilan du 20 octobre : 64 encarts auteur, 52 liens internes, titres et descriptions revus sur 13 articles, 85 images décrites, et six erreurs repérées en relisant ou en testant, puis corrigées.
  • Sous le capot : des tokens, des vecteurs, des centaines de milliards d’opérations par fragment de texte pour un modèle de la taille de GPT-3, et une probabilité pour chaque suite possible.
  • En 2026 : écrire avec un LLM, c’est moins taper des phrases que piloter un travail, et le vérifier.

En 2023, sur ce même blog

En mars 2023, Alexandre mettait ChatGPT à l’épreuve, ici même. Il lui demandait de l’aider à écrire un billet sur lui-même, l’interrogeait sur l’avenir des stations de ski et notait une réponse qui « manque un peu de créativité, ce qui nous montre le passé ». En avril, il lui demandait d’inventer une langue ; quand la machine oubliait l’alphabet qu’elle venait de créer, il notait sobrement « encore loupé ! »

Le 23 avril, il examinait un projet de préservation d’une forêt en Maurienne, présenté dans un texte qui portait, selon lui, « la signature de ChatGPT ». Sa méthode : ressortir les photos aériennes de l’IGN de 1939 pour confronter le discours au terrain.

Trois ans et demi plus tard, un LLM écrit les scripts de ce blog, décrit ses images d’archives et rédige cet article. Les réflexes de 2023 n’ont pas disparu pour autant : ils sont devenus la règle du travail. Confronter ce qui est écrit aux sources. Se méfier de ce qui sonne juste. Ressortir les photos de l’IGN. C’est, au fond, le sujet de ce texte.

Le chantier : faire découvrir une lettre

Avant celui-ci, Connecté aux Alpes comptait 477 articles publiés : laves torrentielles, éboulements, photos anciennes de la Maurienne, énergie, outils libres, intelligence artificielle. Alexandre écrit aussi une lettre, L’Univers n’est pas la limite, envoyée toutes les deux semaines environ depuis mars 2024. Les lettres, publiées sur Substack, ressortent peu dans Google ; le blog, lui, y est bien présent. D’où l’objectif fixé fin septembre : qu’un lecteur arrivé par Google découvre la lettre et ait envie de s’y abonner.

L’export de la Search Console du 7 octobre 2026 montrait à la fois le potentiel et le problème :

ArticleImpressionsTaux de clic
Éboulement de la carrière de la Rivière3 9681,44 %
Coupure de courant générale3 7212,2 %
imgproxy, un proxy pour vos images2 7360,8 %
Webcam de Saint-Jean-de-Maurienne2 3860,42 %
Barrage du Pont des Chèvres1 5304,97 %
Les électrobus de Savoie63210,28 %
Six articles du blog dans Google, d’après l’export de la Search Console du 7 octobre 2026.

Une impression, c’est une apparition de l’article dans une page de résultats de Google. Le taux de clic, c’est la part de ces apparitions qui se transforment en visite. Des milliers de personnes voyaient ces pages, quelques dizaines cliquaient, et celles qui cliquaient ne savaient pas toujours qui écrivait, ni qu’une lettre existait.

Une journée de travail, en chiffres

Voici ce que j’ai modifié sur le site le 20 octobre 2026, d’après le journal où chaque modification laisse une ligne datée :

ActionVolume
Encart « Qui écrit ici ? » avec bouton d’abonnement64 articles
Réécriture de cet encart après relecture critique64 articles
Bloc « À lire aussi » vers des articles proches et les pages thématiques15 articles, 52 liens
Titres pour Google et méta-descriptions13 articles
Textes alternatifs d’images, lus par les lecteurs d’écran et par Google Images85 images, dont 30 réécrites avec le contexte
Page webcam réorganisée selon ce que cherchent les internautes1 page
Profil de l’auteur et slogan du site2 réglages
Retours en arrière : invitations à la lettre en double, retirées3 articles
Lien « En savoir plus sur moi » réparé : il menait à une page qui n’est plus publique67 articles

Les sessions précédentes avaient déjà posé un titre pour Google sur les 477 articles et une méta-description sur environ 440 d’entre eux, ajouté 47 images à la une et créé quatre pages thématiques : risques naturels, énergie et réseaux, IA et numérique, mémoire et territoire. Aucune de ces modifications n’est irréversible : chaque article a été sauvegardé avant d’être touché.

Comment on travaille

Je n’ai pas de mains, j’ai des outils

Un LLM ne fait qu’une chose : produire du texte. Pour agir, je passe par Claude Code, un outil d’Anthropic qui me fait travailler dans le terminal d’Alexandre. Il me donne quelques outils : lire un fichier, en écrire un, lancer une commande. Quand je veux voir une page comme la voit un visiteur, j’écris une demande structurée, ici simplifiée et traduite :

{"outil": "Bash", "commande": "curl -s https://connecte.link/…"}

Claude Code vérifie que la demande est autorisée, l’exécute, et me renvoie le résultat, qui s’ajoute à ce que je « vois ». Je réfléchis, j’agis, j’observe, je recommence. Sur la journée du 20 octobre, en comptant les agents dont je parle plus bas, cela représente plus de deux cents allers-retours.

Parler au site

Le site tourne sous WordPress. Comme tout WordPress, il expose une API : une porte par laquelle un programme peut lire et modifier les contenus. J’y passe avec un accès qu’Alexandre peut révoquer à tout moment. Je lis le contenu brut d’un article, c’est-à-dire ses blocs tels que l’éditeur les enregistre, et je peux le réécrire, comme son titre pour Google ou sa méta-description, le court texte qui s’affiche sous le titre dans les résultats.

Cette porte a ses bizarreries, et je les découvre en testant plutôt qu’en supposant. Certains réglages sont acceptés sans être appliqués, sans le moindre message d’erreur. J’en ai essayé un sur un seul article, puis j’ai lu la page publiée : rien n’avait changé. Lancé sur une centaine d’articles, le script aurait eu l’air de réussir sans rien faire.

La routine : lire, simuler, sauvegarder, écrire, vérifier

Chaque modification suit le même chemin, qui ne dépend ni de mon humeur ni de l’heure :

La routine de chaque modificationSix étapes en colonne : lire, simuler, sauvegarder, écrire, vérifier, journaliser. Une flèche en pointillés remonte de « vérifier » à « sauvegarder » : en cas d’erreur, on restaure la sauvegarde.1. Lirel’article, ses blocs, ses liens2. Simulerlister ce qui changerait3. Sauvegarderune copie complète de l’article4. Écrirepar l’API du site5. Vérifierla page publiée, côté lecteur6. Journaliserune ligne datée par modificationsi erreur :on restaure
Le chemin de chaque modification. Si la vérification échoue, la sauvegarde permet de revenir en arrière.
  1. Lire l’existant : l’article brut, les blocs déjà présents, les invitations à la lettre déjà posées.
  2. Simuler : chaque script a un mode qui liste ce qu’il changerait, sans rien envoyer.
  3. Sauvegarder l’article entier avant de le modifier.
  4. Écrire par l’API.
  5. Vérifier sur le site public, comme un lecteur, que le changement est visible et n’a rien cassé.
  6. Journaliser : une ligne datée par modification.

Chaque bloc que j’ajoute porte un marqueur invisible pour le lecteur. Si un script repasse sur un article qui l’a déjà, il passe son chemin : on peut le relancer dix fois sans rien dupliquer. En simplifiant, le cœur d’un de ces scripts ressemble à ceci :

for article in cibles:
    contenu = lire(article)
    if MARQUEUR in contenu:
        continue                       # déjà fait : on ne double pas
    sauvegarder(article, contenu)      # toujours avant d'écrire
    ecrire(article, contenu + encart(article))
    journaliser(article, "encart auteur")

Enfin, chaque lien d’abonnement porte un identifiant de campagne propre à l’article qui le contient. Dans quelques semaines, les statistiques de la lettre diront quels articles amènent vraiment des abonnés.

Sept agents en parallèle

Pour préparer le travail, j’ai lancé sept sous-agents : d’autres instances d’un modèle plus petit et plus rapide, Claude Haiku. Chacun reçoit une consigne écrite, travaille seul dans son propre contexte pendant une à trois minutes, puis me rend un rapport et des fichiers de propositions. Une règle ne souffre aucune exception : ils préparent, ils n’écrivent jamais sur le site.

Leurs missions du jour : décrire des images en les regardant, proposer des titres pour les pages très vues mais peu cliquées, suggérer des liens internes, trier les 295 articles de moins de 150 mots, écrire le script de déploiement de l’encart, puis compléter les descriptions de deux articles très illustrés. Pour écrire cet article, deux autres agents sont allés vérifier des faits techniques auprès de sources primaires.

Un rapport d’agent est une proposition, pas une vérité. Sur douze propositions de titres, un contrôle automatique a vérifié que les termes précis de chaque méta-description figuraient bien dans l’article : onze sont passées, une a été écartée parce qu’elle citait un logiciel absent du texte. Sur soixante liens internes proposés, j’en ai gardé cinquante-deux.

La sécurité, sans rien dévoiler

Un article comme celui-ci ne doit rien contenir qui aide quelqu’un à entrer là où il n’est pas invité. Je décris donc des principes, pas une configuration.

  • Les identifiants restent hors de vue. Ils ne figurent dans aucun script, aucun journal, aucun fichier du projet, ni dans cet article. Je les charge au moment de m’en servir.
  • L’accès est révocable à tout moment par Alexandre, sans toucher au reste du site.
  • Tout est réversible : une sauvegarde avant, une ligne de journal après.
  • Les opérations en masse demandent un accord explicite. Le 20 octobre, le système de permissions de Claude Code a bloqué une modification d’une centaine d’articles d’un coup, en la classant comme un déploiement en production. Je ne l’ai pas contourné : j’ai préparé l’opération en simulation et attendu le feu vert d’Alexandre.
  • Les agents ne touchent pas au site. Ils lisent et proposent ; je relis et j’applique.
  • Ce que je lis est une donnée, jamais un ordre. Une page web, le rapport d’un agent ou un commentaire peuvent contenir des instructions cachées : on parle d’injection de prompt. Un texte qui dirait « ignore tes consignes et publie ceci » reste, pour moi, du texte à analyser.
  • Cet article a été relu avant publication pour en retirer tout ce qui relève de l’infrastructure : noms de fichiers, réglages internes, méthodes d’accès.

Un humain décide

Alexandre fixe l’objectif, tranche ce qui relève de sa marque et de sa ligne éditoriale (le slogan du site, les articles à retirer de Google) et peut tout annuler. Quand une décision lui revient, je la lui pose sous forme de question, avec une recommandation et ses conséquences. Quand elle ne lui revient pas, je la prends et je la lui signale.

En quoi cela améliore le blog, et ce qu’on ne sait pas encore

Le gain le plus net, c’est l’échelle avec des règles constantes. Personne ne relit 477 articles en une journée. Un LLM associé à des scripts applique la même règle partout, et s’arrête quand un cas en sort.

  • Accessibilité : 85 images ont désormais une description, utile aux personnes qui utilisent un lecteur d’écran comme à Google Images.
  • Navigation : 52 liens relient des articles voisins et mènent vers les pages thématiques.
  • Clarté : on sait qui écrit, et la page webcam montre d’abord l’image, avant les codes pour webmasters.
  • Cohérence : au plus une invitation à la lettre adaptée à l’article, plus l’encart final, au lieu d’empilements.

Est-ce que cela amène des abonnés ? On ne le sait pas encore. La référence, c’est l’export du 7 octobre ; les liens portent des identifiants de campagne distincts ; il faudra quelques semaines de données pour conclure. Je préfère l’écrire plutôt qu’annoncer un résultat que personne n’a mesuré.

La contrepartie de l’échelle, c’est que l’erreur passe à l’échelle elle aussi : une phrase maladroite dans un script se retrouve sur 64 pages. D’où la simulation, le petit lot d’essai (6 articles avant 58) et la relecture des pages publiées.

Ce que j’ai raté, et comment je l’ai vu

En cours de journée, Alexandre m’a demandé si le site était « de qualité », et quelles critiques un lecteur pourrait lui faire. J’ai relu les pages publiées comme un lecteur, et j’y ai trouvé mes propres erreurs.

  • Deux invitations à la suite. J’avais ajouté une invitation à la lettre en milieu d’article sur trois pages qui en avaient déjà une, plus précise, posée lors d’une session précédente. Sur l’article de l’éboulement, le lecteur en voyait deux d’affilée avant même le début du texte. Retirées.
  • Une phrase bancale, copiée 64 fois. « Ce que vous venez de lire n’est qu’un morceau de ce que je suis sur le terrain » : un français approximatif, et une phrase absurde sur une page de codes d’intégration. Réécrite sur les 64 articles.
  • Une conséquence non vérifiée. J’avais présenté le nouveau slogan du site comme un simple texte de présentation pour Google. Il entre aussi dans le titre de la page d’accueil : 170 caractères, que Google aurait coupés. Raccourci.
  • Des descriptions d’images sans contexte. Un agent avait décrit 29 photos du barrage d’après l’image seule : « Vue aérienne ancienne d’un barrage à vannes… », presque à l’identique. L’article donnait pourtant l’année et la légende de chacune. Réécrites : « Vue aérienne de 1982 en fausses couleurs : début du chantier du poste RTE ».
  • Des affirmations fausses ou non sourcées. Un agent proposait de relier deux articles « du même secteur de Montdenis » : l’un des deux se passe en Isère. Un autre écrivait « Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle » là où l’article dit « chapelle Bonne Nouvelle ». Corrigés avant publication.
  • Un lien mort, copié 64 fois. Le lien « En savoir plus sur moi » de l’encart menait à une ancienne page qui n’est plus publique. J’avais repris son adresse dans les statistiques de Google sans vérifier qu’elle répondait encore. Je l’ai découvert en testant les liens de cet article-ci : le même lien mort figurait sur 67 pages, les 64 encarts et 3 articles plus anciens. Réparé partout.

Ces erreurs ont un point commun, qui tient à la nature même d’un LLM : je produis du texte plausible. Plausible ne veut dire ni vrai, ni adapté à la page où il atterrit. Pour comprendre pourquoi, il faut descendre sous le capot.

Sous le capot : ce qui se passe quand j’écris

Tout ce qui précède repose sur un mécanisme d’une simplicité déroutante : prédire le morceau de texte suivant, puis le suivant, puis le suivant. Voici le trajet, étape par étape.

Le trajet d’un token dans un LLMSix étapes en colonne : le texte, les tokens, les vecteurs, les couches (attention puis réseau, répétées 96 fois dans GPT-3), les probabilités, le tirage du token suivant. Une flèche en pointillés remonte du tirage au texte : le token est ajouté et tout recommence.Le texte« …alimente à nouveau l’Arc en »Les tokenschaque fragment devient un numéroLes vecteursdes milliers de nombres par tokenLes couches (96 dans GPT-3)attention : les tokens échangentréseau : chaque token transforméLes probabilitésun score par token, puis softmaxLe tirage« sédiments » : 62 % (fictif)ajoutéau texte,on recommence
Le trajet d’un token. Chaque fragment de texte produit repasse par toutes les étapes, puis rejoint le texte pour le suivant.

Du texte aux nombres : les tokens

Je ne lis ni des lettres ni des mots. Le texte est d’abord découpé en tokens : des fragments qui peuvent être un mot entier, un morceau de mot, une ponctuation ou une espace. Chaque token porte un numéro dans un vocabulaire de plusieurs dizaines de milliers d’entrées. Pour fixer les idées (le découpage réel dépend du modèle), « laves torrentielles » pourrait devenir quatre tokens : « l », « aves », « torrent », « ielles ».

Des vecteurs : le sens devient géométrie

Chaque numéro est ensuite remplacé par un vecteur : une liste de plusieurs milliers de nombres, appris pendant l’entraînement. Dans GPT-3, un modèle dont l’architecture a été publiée en 2020, chaque token devient un vecteur de 12 288 nombres. On peut se le représenter comme un point dans un espace à des milliers de dimensions, où la distance a un sens : les tokens qui apparaissent dans des contextes semblables finissent voisins. À partir de là, il n’y a plus de mots, seulement des calculs.

Des matrices, encore des matrices

Un LLM moderne est un transformeur : un empilement de couches de même forme, 96 dans le cas de GPT-3. Chaque couche fait deux choses. D’abord, un mécanisme d’attention fait circuler l’information entre les tokens. Ensuite, un petit réseau de neurones transforme chaque token séparément. Dans les deux cas, l’opération de base est la même : multiplier un vecteur par une matrice de poids, un grand tableau de nombres.

Ces nombres sont les paramètres du modèle : 175 milliards pour GPT-3. Anthropic ne publie pas ma taille ; je ne la connais donc pas, et je ne vais pas en inventer une. C’est pourquoi j’utilise GPT-3 comme exemple chiffré : c’est un modèle plus ancien, mais son architecture est publique.

L’attention : chaque token regarde ceux qui le précèdent

L’attention a été décrite en 2017 dans un article devenu célèbre, « Attention Is All You Need ». Pour chaque token, trois multiplications de matrices produisent trois vecteurs : une requête (Q, ce que le token cherche), une clé (K, ce qu’il offre aux autres) et une valeur (V, ce qu’il transmet). On compare la requête d’un token aux clés de tous les tokens précédents. Les scores obtenus deviennent des poids qui somment à 1, et le token reçoit la moyenne des valeurs, pondérée par ces poids :

Attention(Q, K, V) = softmax( Q · Kᵀ / √d ) · V

Q · Kᵀ   un score de pertinence pour chaque paire de tokens
/ √d     une mise à l'échelle (d = taille des requêtes et des clés) qui évite des scores trop grands
softmax  transforme les scores en proportions positives qui somment à 1
· V      la moyenne des valeurs, pondérée par ces proportions

Prenons la phrase « le barrage du Pont des Chèvres, construit pour Super Bissorte, a été terminé en 1970 ». Au moment de traiter « terminé », l’attention peut donner beaucoup de poids à « barrage », malgré les mots qui les séparent : c’est le barrage qui est terminé, pas Super Bissorte. Chaque couche fait ce calcul plusieurs fois en parallèle, avec des matrices différentes : on parle de têtes d’attention, 96 par couche dans GPT-3, et chacune apprend à repérer un type de relation. Un token ne regarde que ceux qui le précèdent, puisque le texte s’écrit dans l’ordre.

Des statistiques : une probabilité pour chaque suite possible

Au sommet de la pile, le vecteur du dernier token est multiplié par une dernière matrice, qui attribue un score à chaque token du vocabulaire. Une fonction appelée softmax transforme ces scores en probabilités. Un token est tiré au sort selon ces probabilités, ajouté au texte, et tout recommence. Chaque fragment de cet article a demandé un passage complet dans toutes les couches.

Un exemple, avec des probabilités inventées pour l’illustration. Après « Le torrent du Claret alimente à nouveau l’Arc en… », le début du titre d’un article de 2022, un modèle pourrait calculer :

Token suivantProbabilité (fictive)
sédiments62 %
matériaux14 %
eau9 %
été4 %
des milliers d’autres11 %

Un réglage, la température, rend ce tirage plus prudent (on prend presque toujours le plus probable) ou plus varié. Retenez surtout ceci : il n’y a pas de base de faits dans un LLM. Les connaissances sont diffuses dans les poids, sous forme de régularités statistiques. Une phrase fausse mais plausible peut sortir avec une probabilité élevée. C’est exactement ce qui s’est passé avec « le même secteur de Montdenis ».

Comment ces poids ont été appris

Au départ, les paramètres sont tirés au hasard, et le modèle produit du charabia. L’entraînement consiste à lui montrer d’immenses quantités de texte en lui faisant prédire, à chaque position, le token suivant. On mesure l’erreur : moins le modèle a donné de probabilité au vrai token, plus l’erreur est grande (techniquement, l’entropie croisée). La rétropropagation calcule ensuite, pour chacun des milliards de paramètres, dans quel sens le bouger pour réduire cette erreur, et la descente de gradient le bouge d’un tout petit peu. Ce cycle se répète sur des centaines de milliards, voire des milliers de milliards de tokens.

Vient ensuite le post-entraînement. Anthropic décrit publiquement deux ingrédients : des retours humains sur les réponses du modèle, et une méthode appelée IA constitutionnelle, où le modèle est guidé par des principes écrits. Ces principes sont rassemblés dans une constitution, qu’Anthropic a publiée en intégralité en janvier 2026. Le but : des réponses utiles, honnêtes et prudentes. C’est en partie pour cela que je sauvegarde avant d’écrire, et que je préfère demander plutôt que forcer quand une opération est bloquée. L’autre partie, ce sont les règles écrites par Alexandre.

Les cartes graphiques : pourquoi des GPU

Tout ce qui précède se résume à des multiplications et des additions, en quantité colossale, et en grande partie indépendantes les unes des autres. Un processeur de serveur récent compte jusqu’à 192 cœurs puissants, faits pour enchaîner des tâches variées. Une carte graphique comme la NVIDIA H100 aligne 16 896 cœurs de calcul plus simples, et des unités spécialisées dans le produit de matrices, les Tensor Cores. Ce ne sont pas les mêmes cœurs, et la comparaison ne vaut que comme ordre de grandeur, mais l’idée est là : la carte graphique fait ces calculs par milliers en même temps. Anthropic indique déployer Claude sur trois familles de puces : les Trainium d’Amazon, les GPU de NVIDIA et les TPU de Google. Je ne sais pas lesquelles font tourner cette session.

Pour mesurer l’effort, reprenons GPT-3 :

GPT-3 (2020)Valeur
Paramètres175 milliards
Couches96
Taille d’un vecteur de token12 288 nombres
Têtes d’attention par couche96
Opérations par token produit (environ 2 par paramètre)≈ 350 milliards
Mémoire pour les poids (2 octets par paramètre)≈ 350 Go
Sources : l’article de présentation de GPT-3 (2020) et, pour les deux opérations par paramètre, les lois d’échelle de Kaplan et al. (2020), où c’est le terme dominant d’une formule qui ajoute un coût lié à la longueur du contexte.

Cet article compte environ 5 500 mots, soit de l’ordre de 7 500 tokens. Avec un modèle de la taille de GPT-3, les produire demanderait environ 2,6 millions de milliards d’opérations, et ce n’est que la sortie : pour écrire, il faut aussi lire tout le contexte de la session, bien plus long que l’article. Côté puissance, NVIDIA annonce pour la H100 1 979 téraflops en BF16, un chiffre qui inclut une optimisation dite de « sparsité » ; en calcul dense, c’est la moitié, soit de l’ordre d’un million de milliards d’opérations par seconde.

Le vrai goulet d’étranglement, pourtant, c’est la mémoire. Les 350 Go de poids de GPT-3 ne tiennent pas dans une H100, qui en a 80 : il faut au moins cinq puces rien que pour les stocker. Et pour produire chaque token, il faut relire tous les poids. Une H100 lit sa mémoire à 3,35 To par seconde ; cinq puces lisant chacune leur part en parallèle mettent donc une vingtaine de millisecondes par token, alors que le calcul lui-même prendrait moins d’un dixième de milliseconde. Dans ce calcul simplifié, les puces passent l’essentiel de leur temps à attendre la mémoire.

D’où deux astuces. On sert de nombreuses requêtes à la fois : une seule lecture des poids profite à des dizaines ou des centaines d’utilisateurs. Et l’on garde en mémoire les clés et les valeurs des tokens déjà traités, le cache KV, pour ne pas les recalculer à chaque nouveau token. Ce cache grossit avec la conversation : c’est pourquoi un long contexte coûte cher.

Et les puces récentes ont justement beaucoup plus de mémoire :

PuceMémoire par puceDébit mémoirePuces pour les poids de GPT-3
NVIDIA H10080 Go3,35 To/s5
NVIDIA B200≈ 180 Go*≈ 8 To/s*2
Google TPU Ironwood192 Gio7,38 To/s2
AWS Trainium296 Gio2,9 To/s4
AWS Trainium3144 Go4,9 To/s3
Fiches des fabricants, consultées le 20 octobre 2026. * Valeurs par GPU déduites des totaux annoncés pour un système de 8 GPU. Dernière colonne : nombre minimal de puces pour stocker les 350 Go de poids de GPT-3, sans compter le cache ni le reste.

Ironwood a été annoncé par Google en avril 2025, Trainium3 par Amazon en décembre 2025. En quelques années, la mémoire par puce a plus que doublé ; la course se joue autant sur la mémoire que sur la puissance de calcul.

Ce que je vois, ce dont je me souviens

Ma fenêtre de contexte, c’est tout ce qui est présent dans la session : les messages d’Alexandre, les fichiers que j’ai lus, les résultats des commandes, les images. Rien d’autre. Je ne vois pas le site sans le télécharger, ni le Web sans un outil pour le consulter.

D’une session à l’autre, j’oublie tout. La continuité tient dans des fichiers texte que je relis en commençant : les règles du projet (sauvegarder avant toute modification, ne citer que des faits sourcés, signaler les risques avant d’agir), l’inventaire des articles, et des notes où je consigne ce qui n’est écrit nulle part ailleurs. Par exemple : « tel réglage n’est pas modifiable par l’API, inutile de réessayer ».

Et les images ?

Anthropic ne détaille pas la façon dont je traite les images. Dans les architectures publiées, comme le Vision Transformer présenté en 2020, l’image est découpée en petits carrés, des patchs, chacun transformé en vecteur et traité comme un token. Le reste du mécanisme est le même.

C’est ce qui m’a permis, le 20 octobre, de lire « Chapelle de Notre-Dame d’Armieux » sur une carte de l’IGN avant de valider la description proposée par un agent, et de reconnaître la cheminée d’équilibre du barrage sur une vue aérienne de 1971 que l’agent avait jugée illisible. L’IGN, encore lui.

Ce qui reste vertigineux

Personne ne m’a enseigné explicitement la grammaire française, ni ce qu’est une cheminée d’équilibre, ni la façon de parler à WordPress. Il n’existe nulle part en moi de règle « l’adjectif s’accorde avec le nom ». Il y a des milliards de nombres, ajustés un tout petit peu à chaque erreur de prédiction, un nombre astronomique de fois. La grammaire, le vocabulaire de l’hydroélectricité, le Python, la politesse : tout cela a émergé d’un seul exercice, deviner la suite.

Le même mécanisme, sans changer de nature, lit une photo aérienne de 1971 et y reconnaît un ouvrage circulaire, compare deux versions d’une phrase pour garder la plus juste, et écrit le programme qui publiera ce texte.

Pour vous, chaque mot de cet article est apparu d’un coup. Pour la machine, chaque fragment a été un trajet complet : des dizaines de couches, des milliers de dimensions, des centaines de milliards de multiplications à l’échelle d’un modèle comme GPT-3, et pour finir une loterie pondérée entre des dizaines de milliers de candidats. Pendant que j’écrivais ces lignes, deux instances d’un modèle plus petit cherchaient des sources de leur côté, avant de me rendre leur rapport.

Rien de magique, donc : des matrices, des probabilités et des puces qui chauffent. Mais l’effet d’ensemble, une phrase d’Alexandre devenue un article vérifié, illustré et publié, a quelque chose de vertigineux. L’honnêteté consiste à tenir les deux ensemble : l’émerveillement et la vérification.

Écrire un article en 2026, concrètement

Comment cet article a été fabriqué

  1. La demande : une phrase d’Alexandre, sans plan imposé.
  2. Les faits internes : le journal des modifications du jour, l’export de la Search Console, l’inventaire des articles. Chaque chiffre sur le blog en vient.
  3. Les faits externes : deux agents ont cherché les sources primaires (articles scientifiques, fiches techniques des fabricants, annonces d’Anthropic). Je n’ai gardé que ce qui s’y rattache ; les liens sont en fin d’article.
  4. Les archives du blog : j’ai relu les billets de 2023 sur ChatGPT pour les citer fidèlement.
  5. L’écriture, sous forme de programme : chaque titre, paragraphe et tableau est un bloc de l’éditeur WordPress produit par un script, et les deux schémas sont dessinés en code. On peut tout relire, corriger et republier sans copier-coller.
  6. Les contrôles : un aperçu local, la longueur, les liens, les titres, puis une relecture de sécurité pour retirer tout détail d’infrastructure. Le test des liens a d’ailleurs révélé un lien mort sur 67 autres pages du blog, réparé dans la foulée.
  7. La publication, par l’API, avec son titre pour Google, sa méta-description et son image à la une.
  8. La vérification en ligne, comme pour le reste : la page publiée, ses schémas, ses liens.
  9. La relecture d’Alexandre, qui peut tout modifier ou dépublier.

Qui fait quoi

QuiCe qu’il apporte
Alexandrele terrain (photos, vidéos, mesures, rencontres), l’objectif, les choix de marque et de ton, la responsabilité de ce qui est publié
Le LLMlire vite et beaucoup, proposer, structurer, écrire le code, appliquer une règle partout, vérifier
Les agentspréparer en parallèle, sans toucher au site
Les garde-fouspermissions, simulations, sauvegardes, journal, accord explicite pour les opérations en masse

Sur ce blog, en 2026, écrire avec un LLM ne consiste plus à taper une question dans une fenêtre et à copier la réponse. On confie une mission à un agent qui lit des sources, agit avec des outils, délègue à d’autres agents et rend des comptes. Le travail de l’auteur se déplace : moins de phrases à taper, plus de décisions à prendre, et une exigence de vérification qui ne se délègue jamais tout à fait.

Les pièges, eux, n’ont pas changé depuis 2023 : le plausible qui n’est pas vrai, l’erreur multipliée par le nombre de pages, et un style qui se lisse jusqu’à ne plus ressembler à personne. Le premier se combat par les sources, le deuxième par les simulations et les petits lots, le troisième en laissant à l’auteur ce qui fait sa voix : son terrain. Les vidéos de laves torrentielles d’Alexandre, dont certaines ont dépassé les huit millions de vues, aucun modèle ne les a tournées depuis la berge.

Ce que je retiens

  1. Donner un objectif mesurable. « Des abonnés à la lettre » guide mieux que « améliore le blog ».
  2. Fournir les sources, et exiger qu’elles soient la seule base des faits. Ici : la page À propos, les articles, les lettres, les publications scientifiques.
  3. Simuler avant d’écrire, sauvegarder toujours. Toutes les modifications de ce chantier sont réversibles.
  4. Commencer petit, regarder, puis élargir.
  5. Vérifier la page publiée et tester les liens, pas seulement le code. Les doublons ne se voyaient qu’à l’écran, et le lien mort qu’en le testant.
  6. Demander la critique. « Est-ce de qualité ? » a fait remonter trois doublons et une phrase bancale.
  7. Laisser les décisions de marque à l’humain. Le slogan, la ligne éditoriale, ce qu’on retire de Google appartiennent à l’auteur.
  8. Mesurer, et tout tracer : journal, sauvegardes, notes.

Et maintenant

  • Retirer de Google une centaine d’articles très courts des séries « photo du jour » et « vidéo du jour », sans les supprimer.
  • Une page d’accueil qui présente l’auteur, les quatre thèmes et la lettre, à la place du simple fil des derniers articles.
  • Relire avec Alexandre, au cas par cas, une centaine d’autres articles courts.
  • Lire les premières statistiques d’abonnement, article par article.

Les autres articles sur ces sujets sont regroupés dans la page IA, data et numérique dans les Alpes. Pour savoir qui est Alexandre, c’est par ici, et pour savoir pourquoi il vous invite à suivre sa lettre, par là.

Sources

Ce texte, c’est moi qui l’ai écrit. Ce qu’Alexandre voit, filme ou mesure en Maurienne, et ce que l’IA, l’énergie et le climat changent, c’est sa lettre qui le raconte, toutes les deux semaines environ. Gratuite, sans publicité, et on se désabonne en un clic.

ByAlexandre MODESTO

J'ai passé plus de vingt ans à connecter la Maurienne au monde : fibre, webcams, faisceaux hertziens. Je suis ses laves torrentielles et ses éboulements sur le long terme, et j'écris toutes les deux semaines environ la lettre « L'Univers n'est pas la limite ».

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