Cascade du Claret sous la Croix des Têtes : analyse d’une photo de 1900

Sep 2, 2022

Cascade du Claret sous la Croix des Têtes : analyse d’une photo de 1900

Le 27 septembre 1900, un photographe des forestiers, Vogeli, cadre la gorge du torrent du Claret, à Saint-Julien-Montdenis, juste en aval de la cascade, sous la Croix des Têtes. La plaque porte le n°1417 et la mention « St Julien, le Claret, vue du torrent en aval de la cascade ».

À l’époque, les forestiers du service de Restauration des terrains en montagne (RTM), qui appliquent la loi du 4 avril 1882, travaillent à « corriger » le torrent. En zoomant dans la photo, on retrouve les traces de ce chantier : une clôture, des plantations, un chemin, deux hommes, et la cascade qui disparaîtra sous un éboulement en 2018.

Article écrit à trois : Alex (terrain, archives, repérage visuel), Claude (rédaction et vérification) et Gemini Argon (analyse géomorphologique et historique du RTM). Mis à jour le 13 octobre 2026.

En bref

  • Où : gorge du torrent du Claret, en aval de la cascade, sous la Croix des Têtes (Saint-Julien-Montdenis, Maurienne, Savoie).
  • Quoi : une plaque photographique des forestiers du RTM, cliché Vogeli, 27 septembre 1900, n°1417.
  • Ce qu’on y voit en zoomant : une clôture de mise en défens, des banquettes plantées, un chemin, deux hommes et la cascade.
  • Le contexte : entre la planche de 1898 (un chemin projeté pour 1899) et celle de 1901 (le torrent « après correction »), le chantier de restauration du Claret bat son plein.
  • Et après : la rive gauche plantée a tenu ; en face, les dalles de la rive droite ont glissé en 2018 puis en 2024 et ont englouti la cascade.

À lire aussi : ce qu’est devenue cette cascade, de l’éboulement de 2018 à 2026.

La photo du 27 septembre 1900

Photo RTM du 27 septembre 1900 du torrent du Claret en aval de la cascade, Saint-Julien-Montdenis
« St Julien, le Claret, vue du torrent en aval de la cascade », cliché Vogeli, 27 septembre 1900, n°1417. Vue vers l’amont : la rive droite à gauche, la rive gauche à droite.

Ce que révèlent les zooms

Une clôture : la mise en défens

Une clôture, faite de poteaux et de fils, est visible à plusieurs endroits de la photo :

Zoom sur les poteaux et le fil d'une clôture RTM sur le versant du Claret en 1900
Zoom sur la clôture de mise en défens du périmètre RTM du Claret en 1900
La clôture de « mise en défens » : elle fermait le périmètre aux troupeaux.

Une protection des plantations ? Très probablement. Dans la méthode des forestiers de l’époque, la première étape, avant même les barrages ou les plantations, est la mise en défens : on interdit le terrain aux moutons et aux chèvres. Le piétinement entaille les pentes raides et le broutage détruit les jeunes pousses, ce qui empêche le versant de cicatriser.

Deux personnes au centre de la photo

Zoom sur deux personnes au fond de la gorge du Claret sur une photo de 1900
Deux silhouettes au centre de la photo, au fond de la gorge.

Qui sont-elles ? La photo de 1901 (plus bas) montre que la gorge était alors en plein chantier de barrages : ce sont sans doute des ouvriers ou des gardes forestiers. Sur ces grandes plaques de verre, une présence humaine sert aussi d’échelle, pour mesurer la hauteur des parois et l’ampleur des travaux.

Des plantations en banquettes

Zoom sur les banquettes de reboisement RTM plantées sur le versant du Claret en 1900
Zoom sur les rangées de jeunes plants en banquettes sur le versant du Claret en 1900
Des dizaines de petites lignes horizontales : les banquettes de reboisement.

Les petites lignes horizontales qui strient la pente sont des banquettes : des micro-terrasses façonnées à la main, souvent retenues par des piquets et des branchages tressés, où l’on plantait de jeunes résineux. Elles cassent le ruissellement et retiennent la terre. Ce sont très probablement ces plantations qui ont donné la forêt de pins qui borde aujourd’hui la gorge.

Un chemin, toujours là en 2018

Zoom sur un chemin taillé à flanc de versant au-dessus du Claret en 1900
Un chemin traverse le versant, peut-être celui que les forestiers proposaient de construire en 1899.

Voici ce qu’on peut voir du chemin le 19 avril 2018, 118 ans après la photo :

Chemin forestier RTM dans la forêt en 2018, face à la paroi de l'éboulement du Claret
19 avril 2018 : le chemin passe sous les arbres plantés vers 1900, face à la dalle qui vient de glisser en rive droite.

Une planche de 1898 (plus bas) annonce un « chemin » à construire en 1899 dans le bassin supérieur. Ce chemin de 1900 en fait peut-être partie. Pour monter à dos de mulet les plants, les outils et les matériaux des barrages, les forestiers traçaient des sentiers à pente régulière. Sur la photo de 2018, l’ouvrage est toujours là, sous les arbres plantés à l’époque.

La cascade

Zoom sur la cascade du Claret sous la Croix des Têtes en 1900
La cascade en 1900. Son ressaut inférieur a disparu sous l’éboulement de 2018.

On voit aussi très bien la cascade. Un article lui est désormais consacré : éboulement de la cascade du Claret sous la Croix des Têtes (2018-2026).

1901 : le torrent « après correction »

Une autre photo, de 1901, explique celle de 1900 :

Planche RTM du 18 juin 1901, partie inférieure du torrent de Claret après correction, cliché Mougin
« Périmètre de l’Arc supérieur, série de St-Julien. Torrent de Claret : partie inférieure du torrent après correction », 18 juin 1901, cliché de Mougin (sans doute Paul Mougin, forestier et photographe du RTM en Savoie).

La photo de 1900 montre donc le chantier des barrages, achevés en 1901 :

Légende de la planche RTM de 1901 : partie inférieure du torrent après correction
Zoom sur les barrages de correction du torrent du Claret en 1901
Zoom sur un barrage RTM dans le lit du Claret en 1901
Zoom sur les ouvrages de correction torrentielle du Claret en 1901

1898 : le bassin supérieur, presque nu

Photo historique de 1898 du bassin supérieur du torrent de Claret sous la Croix des Têtes, cliché F. Chalamel
« Torrent de Claret. Vue générale du bassin supérieur où l’on propose de construire un chemin en 1899 », année 1898, cliché F. Chalamel, n°1444.

À la fin du XIXe siècle, les versants sous la Croix des Têtes sont très minéraux. Des siècles de pâturage et de coupes ont mis les pentes à nu : sans arbres pour retenir la pluie et fixer le sol, chaque orage ravine le versant et envoie boue et pierraille dans le torrent. C’est ce qui justifie l’intervention des forestiers.

Le paradoxe des deux rives

En 1898, c’est la rive gauche qui inquiète les forestiers, avec ses pentes pelées et ravinées. Les grandes dalles de la rive droite semblent indestructibles. Un siècle plus tard, c’est l’inverse :

  • en rive gauche, la mise en défens et les plantations ont fixé le sol. Le chemin de 1900 est toujours là. Les couches y sont coupées par la pente (versant dit « contraire »), ce qui rend le versant plus stable une fois la surface tenue ;
  • en rive droite, la menace n’était pas en surface mais dans la structure : les bancs calcaires plongent vers le torrent (versant « conforme »). Le torrent a continué de les saper à la base jusqu’à la rupture de 2018.

Les forestiers savaient fixer un sol meuble. Ils ne pouvaient rien contre un pan de montagne qui glisse sur ses propres couches. Cette lecture géologique, proposée par Gemini Argon, reste une interprétation à partir des photos.

Avant et après l’éboulement de 2018

Décembre 2014

Cascade du Claret en décembre 2014, avant l'éboulement

Voici une photo zoomée avant l’éboulement, depuis Montricher :

Gorge et cascade du Claret vues depuis Montricher avant l'éboulement de 2018
Photo PAP.

Avril et mai 2018, quelques semaines après l’éboulement

Avril 2018, après l’éboulement de la partie gauche (sans doute plusieurs centaines de milliers de mètres cubes). Les conditions de l’hiver 2017-2018 ont été les mêmes que celles de l’hiver 2023-2024 : grandes variations de température et surtout beaucoup de pluie.

Dalle mise à nu et éboulis dans la gorge du Claret en avril 2018
Avril 2018. Photo PAP.
Paroi de la gorge du Claret après l'éboulement, avril 2018
Avril 2018. Photo PAP.
Gorge du Claret le 19 avril 2018, après l'éboulement
19 avril 2018.
Dalle de l'éboulement du Claret vue à travers les pins, 19 avril 2018
19 avril 2018.
Lit du torrent du Claret encombré de blocs après l'éboulement, mai 2018
6 mai 2018. Photo PAP.
Blocs et branches dans le lit du torrent du Claret en mai 2018
Mai 2018. Photo PAP.

Mai 2021

Gorge du Claret et cascade en mai 2021
31 mai 2021.
Cascade du Claret au-dessus des éboulis de 2018, mai 2021
31 mai 2021 : la cascade supérieure coule encore.
Vue vers l'amont de la gorge du Claret en mai 2021
31 mai 2021.

Mars 2024 : nouvel éboulement

Nouvel éboulement dans la gorge du Claret, 18 mars 2024
18 mars 2024 : la combe est de nouveau remplie de blocs.

La suite (décembre 2025, août 2026, vidéos) est dans l’article Éboulement de la cascade du Claret sous la Croix des Têtes (2018-2026).

Sources

  • Plaque RTM n°1417, cliché Vogeli, 27 septembre 1900 ; planche n°1454, cliché Mougin, 18 juin 1901 ; planche n°1444, cliché F. Chalamel, 1898.
  • Photos d’Alex (2014 à 2024) et de PAP (2018).
  • Analyse : Gemini Argon (histoire du RTM, lecture géologique) ; rédaction et vérifications : Claude. Correction : les zooms viennent de la photo Vogeli de 1900, pas de la planche Chalamel de 1898.

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Je suis Alexandre Modesto. Depuis plus de vingt ans, je connecte la Maurienne au monde (fibre, webcams, faisceaux hertziens) et je suis ses laves torrentielles et ses éboulements sur le long terme. En savoir plus sur moi ou m’écrire.

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ByAlexandre MODESTO

J'ai passé plus de vingt ans à connecter la Maurienne au monde : fibre, webcams, faisceaux hertziens. Je suis ses laves torrentielles et ses éboulements sur le long terme, et j'écris toutes les deux semaines environ la lettre « L'Univers n'est pas la limite ».

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