Jarrier : 700 mètres de pente pour voir les Aiguilles d’Arves s’embraser
Le 31 octobre 2026, j’ai pris la pente au-dessus de Jarrier, sur les hauteurs de Saint-Jean-de-Maurienne. Un peu plus de 700 mètres de dénivelé plus tard, la montagne m’a offert l’un de ces moments qu’on ne commande pas : les Aiguilles d’Arves qui s’allument dans la dernière lumière du jour. Voici ce moment, en cinq photos.
En bas, la vallée en habits d’automne

Vers 15 h 30, il fait grand bleu. Autour de 1 300 mètres, au pied de la pente, les arbres ont pris leurs couleurs d’automne, du vert au jaune, avec çà et là une touche de rouge. En contrebas, la Maurienne s’étire : Saint-Jean-de-Maurienne, le faisceau des voies ferrées, puis la vallée qui remonte vers l’est, jusqu’aux premiers sommets blanchis.

Au sud, elles sont déjà là. Trois pointes au-dessus des crêtes enneigées, reconnaissables entre toutes : les Aiguilles d’Arves. Entre elles et moi, des rangées de montagnes qui se superposent, chacune un peu plus bleue que la précédente, comme les décors peints d’un théâtre.
700 mètres plus haut
Puis vient la pente. Elle ne se discute pas, elle se gravit, un pas après l’autre, pendant que le soleil descend. Vers 17 heures, le GPS du téléphone indique près de 2 000 mètres : 700 mètres au-dessus du point de départ.

La lumière a changé. Elle n’éclaire plus, elle dore. Les grandes falaises prennent une teinte de miel, les crêtes sont saupoudrées de neige fraîche, et le fond de la vallée a déjà basculé dans l’ombre.

Un peu plus loin, les crêtes se découpent sur un ciel pâle, presque sans couleur. Tout près, l’herbe sèche du versant accroche les derniers rayons, rase et blonde comme un pelage.
Le moment pour lequel on monte

À 17 h 25, le soleil ne touche plus que les sommets. Les Aiguilles d’Arves rougeoient, couleur de cuivre et de rose, au-dessus de pentes enneigées qui retiennent encore un peu de lumière. En contrebas, tout est déjà bleu. Un moment magique, il n’y a pas d’autre mot.
Les montagnards connaissent bien ce moment. Quand le soleil frôle l’horizon, sa lumière traverse une épaisseur d’atmosphère bien plus grande qu’à midi : le bleu se disperse en chemin, il ne reste que les teintes chaudes. Et comme seuls les plus hauts sommets reçoivent encore ces rayons, ils s’allument quand les vallées s’éteignent. Avec leurs pointes au-dessus de 3 500 mètres, les Aiguilles d’Arves sont aux premières loges.
Le rose ne dure pas. Il s’efface, le gris reprend sa place, et il reste la descente, avec cette image en tête. Pour ces quelques minutes, chacun des 700 mètres valait la peine.
Jarrier, ce ne sont pas seulement des points de vue : la terre y bouge parfois. Un petit séisme de magnitude 2,4 a été enregistré sous la commune le 8 décembre 2024, je le racontais dans la lettre n°40.
Photos : Alexandre MODESTO, prises au Pixel 11 Pro le 31 octobre 2026.
Qui écrit ici ?
Je suis Alexandre Modesto. J’ai passé plus de vingt ans à connecter la Maurienne au monde : fibre, webcams, faisceaux hertziens. Je suis aussi ses laves torrentielles et ses éboulements sur le long terme ; certaines de mes vidéos ont dépassé les huit millions de vues. En savoir plus sur moi ou m’écrire.
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