Novembre 2012 : 1 Gb/s entre Turin et Modane, l’expérimentation très haut débit avec TOP-IX
2002-2012 : pendant ces dix premières années, nous avons fait beaucoup d’expérimentations. Mais nous butions toujours sur le même problème : comment s’interconnecter à internet, en BGP, à un coût raisonnable, depuis la Maurienne ?
Je vais vous raconter la petite histoire de l’arrivée d’internet « rapide » dans la vallée. Elle passe par l’Italie : le jeudi 29 novembre 2012, au Forum Alpium de Modane, une fibre venue de Turin nous a donné pour la première fois 1 Gb/s.
Récit d’Alex, mis en forme avec Claude (rédaction et vérification). Mis à jour le 13 octobre 2026.
En bref
- Quand : le jeudi 29 novembre 2012, au Forum Alpium, l’incubateur d’entreprises de Modane.
- Quoi : une liaison par fibre optique de 96 km entre Modane et Turin, raccordée au nœud d’échange TOP-IX. Débit annoncé : 1 Gb/s, évolutif jusqu’à 80 Gb/s.
- Qui : la mairie de Modane, le Syndicat intercommunal du canton de Modane (SICM), les sociétés du tunnel du Fréjus (SFTRF côté français, SITAF côté italien), TOP-IX, et des élus des deux pays.
- Mesuré ce jour-là : 776 Mb/s en réception, 262 Mb/s en envoi, 3 ms de latence.
- Dix ans plus tard : ces liaisons sont toujours actives et servent à interconnecter des opérateurs français et italiens.

Le problème : une fibre qui traverse la vallée sans la desservir
En 2012, une fibre optique de grande capacité passe déjà sous l’autoroute de la Maurienne et dans le tunnel du Fréjus. Mais elle ne sert pas à desservir la vallée. Côté français, le projet du Conseil général pour un très haut débit généralisé en Savoie prend du retard, et la plupart des accès restent en ADSL, avec des contenus servis depuis Paris.
C’est comme s’il y avait un énorme tuyau d’eau traversant le Sahara, sans que personne n’ait le droit de puiser dedans.
Yves Durbet, maire d’Hermillon, dans Le Dauphiné Libéré

La solution : passer par l’Italie
Si internet n’arrivait pas côté France, il fallait aller le chercher de l’autre côté du tunnel : au nœud d’échange TOP-IX, à Turin, géré par un consortium soutenu par la Région Piémont.
Pendant plusieurs années, TOP-IX avait développé un réseau dans le Val de Suse, jusqu’à Bardonecchia. En 2012, avec la mairie de Modane, nous avons pu organiser une expérimentation pour relier Turin à la Maurienne, avec en ligne de mire Saint-Julien-Montdenis, où se trouvait Arcalpin, présenté à l’époque comme le premier datacenter de Savoie.
Les ingrédients :
- 1 Gb/s de bande passante, fourni par TOP-IX ;
- des adresses IP italiennes, prêtées par TOP-IX ;
- les fibres de l’autoroute et du tunnel du Fréjus, grâce à une collaboration France-Italie avec la SFTRF et la SITAF ;
- deux semaines de travaux de génie civil, menés par le SICM, pour prolonger la fibre de la sortie du tunnel jusqu’au Forum Alpium.



Modane-Turin, c’est 96 km de fibre. Surtout, c’est une latence très faible vers les grands réseaux de diffusion de contenus (CDN), là où les liaisons ADSL des opérateurs classiques nous faisaient passer par Paris.
Le 29 novembre 2012 au Forum Alpium
Ce jeudi-là, élus et décideurs locaux se retrouvent au Forum Alpium, en présence d’autorités italiennes. La démonstration est sans appel : selon Le Dauphiné, un fichier de dix mégaoctets part en une minute, quand la liaison ADSL tente encore de l’envoyer.




Certes, c’est un coup de communication, mais pendant quelques heures ou quelques jours, nous aurons entre Modane et Turin le débit de transmission de données le plus élevé de toute la Savoie.
Jean-Claude Raffin, maire de Modane, dans Le Dauphiné Libéré
Le reportage de Maurienne TV
Revue de presse

Après la démonstration, la question devient : qui va exploiter ce réseau ? Le maire rappelle qu’il faut qu’un opérateur réponde à l’appel d’offres. « Si les Français ne réagissent pas rapidement, c’est sans doute un opérateur italien qui l’emportera », résume l’article.
Merci à Alessandro, Luca, Romain, Alexandre J., aux élus locaux, aux responsables de la SITAF et de la SFTRF, et à toutes les autres structures que j’oublie.
2012 : la mise en production de MauriennIX
Derrière l’expérimentation, il y avait une idée née en 2002 : créer un nœud d’échange internet (GIX) en Maurienne, entre Lyon et Turin. (Merci Samuel.)

Dix ans plus tard
Ces liaisons sont toujours actives. Elles permettent à Rezopole de s’interconnecter à l’Italie, et aux opérateurs de fibre pour les entreprises (FTTO) de faire du peering à Modane.
Ce réseau participe surtout à la résilience des interconnexions « pro » : aucun opérateur grand public ne semble s’interconnecter à l’Italie par ce chemin.
Les débits courants sont désormais de 100 Gb/s pour le cœur de réseau des opérateurs. Et Google, qui fait transiter ses propres liaisons longue distance, se compte sans doute en térabits par seconde.
À lire aussi : les débuts de l’association La Fibre Mauriennaise, le Forum des assos 2011 avec un internet rapide et la fibre au col de l’Iseran.
Sources
- Souvenirs et photos d’Alex (photos de la démonstration datées du 29 novembre 2012).
- Communiqué de presse « L’Europe de l’Internet à haute vitesse se construit à Modane », repris dans la description du reportage de Maurienne TV (4 décembre 2012).
- Le Dauphiné Libéré : articles de Frédéric Thiers et d’Agnès Briançon-Marjollet (novembre 2012).
- TOP-IX, nœud d’échange internet de Turin.
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