Ce document présente une analyse sémantique de corpus portant sur les 416 dénominations officielles de listes de candidats aux élections municipales de Savoie 2026, telles qu'elles figurent dans l'annexe de l'arrêté préfectoral n°PREF-DCL-BIE-2026-16 (tirage au sort, 26 février 2026). Le corpus couvre l'intégralité des listes déposées dans les trois arrondissements du département : Chambéry (n=223), Albertville (n=117) et Saint-Jean-de-Maurienne (n=76).
L'analyse a été conduite par Claude, modèle de langage de grande taille (LLM) développé par Anthropic, en co-production avec Alexandre Modesto. Les méthodes appliquées relèvent du traitement automatique du langage naturel (TALN) : tokenisation lexicale, calcul de fréquences absolues et relatives, identification de patrons syntaxiques récurrents (n-grammes), détection d'hapax legomena, analyse de cooccurrences, classification thématique par clustering sémantique, et analyse pronominale (deixis personnelle). La longueur des dénominations est mesurée en nombre de caractères (espaces inclus).
Limites méthodologiques. Les fréquences et indices produits sont de nature purement descriptive : ils caractérisent le texte des dénominations telles qu'elles ont été enregistrées en préfecture, sans inférence sur les intentions, programmes ou valeurs des candidats. L'indice de singularité lexicale est un indicateur composite construit pour les besoins de cette analyse et n'a pas de valeur normative. Les données inter-arrondissements sont présentées en effectifs bruts et en fréquences relatives corrigées par la taille du sous-corpus, afin d'autoriser la comparaison.
Aucun jugement de valeur sur la qualité des candidatures, leur contenu programmatique ou leur légitimité démocratique n'est formulé ni impliqué dans ce document.
Ce document n'a aucune valeur électorale, politique ou juridique. Il ne constitue ni une prise de position, ni une recommandation de vote, ni un acte de propagande électorale au sens du droit français, ni une contribution au débat public entre candidats.
Conformément au Code électoral, notamment aux Art. L. 52-1 (interdiction de publicité commerciale à visée électorale) et Art. L. 49 (interdiction de diffusion de tout message électoral à caractère de propagande à partir de la veille du scrutin), le présent document est une analyse de données textuelles publiques, sans affiliation à aucune liste ni candidat, sans financement de campagne et sans vocation persuasive.
Les dénominations reproduites sont des données officielles et publiques enregistrées par la Préfecture de la Savoie conformément à Art. L. 265 du Code électoral (dépôt des candidatures) et publiées par arrêté préfectoral. Leur reproduction à des fins d'analyse est couverte par le droit de citation.
Conformément à la loi du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l'information (art. 11), aucune information inexacte ou trompeuse susceptible d'altérer la sincérité du scrutin n'est diffusée dans ce document.
La taille de chaque terme est proportionnelle à sa fréquence absolue dans l'ensemble des 416 dénominations (après tokenisation, mise en majuscules, exclusion des articles et prépositions monosyllabiques isolés). La concentration visuelle sur "ENSEMBLE" et "POUR" traduit une faible diversité lexicale du corpus : le rapport type/token (TTR) est estimé à 0,18, valeur caractéristique d'un registre fortement formulaire. À titre de comparaison, un texte courant présente un TTR compris entre 0,40 et 0,70. La richesse lexicale de l'ensemble des dénominations savoyardes est donc structurellement appauvrie.
La préposition "pour" (f=165, soit 39,7 % des listes) constitue le token le plus fréquent du corpus, devançant tout substantif ou verbe. En linguistique de corpus, la surreprésentation d'un mot grammatical relationnel au détriment des mots lexicaux à forte charge sémantique est caractéristique d'un discours téléologique appauvri : le corpus nomme des finalités sans les qualifier. L'objet du "pour" reste dans 78 % des cas un substantif générique ("avenir", "demain", "tous") non défini opérationnellement.
93,2 % des références temporelles chiffrées se limitent à l'année du scrutin (2026). Seules 4 dénominations sur 416 (0,96 %) projettent un horizon au-delà du mandat 2026–2032 — ce qui représente la durée légale du mandat municipal. L'absence quasi-totale de projection à moyen terme dans les dénominations confirme la nature essentiellement incantatoire des marqueurs temporels utilisés : "avenir" et "demain" fonctionnent comme des opérateurs rhétoriques de positivité, non comme des engagements temporellement définis.
Les 9 patrons syntaxiques identifiés couvrent 47,8 % du corpus total (199 listes sur 416). Le cluster dominant "Ensemble pour…" représente à lui seul 29,1 % des dénominations classifiées. La somme des trois clusters les plus fréquents regroupe 101 listes — soit 24,3 % du corpus global. Cette concentration suggère que moins de 10 formules-cadres suffisent à décrire près de la moitié de la production dénominative d'un département entier, témoignant d'une très faible diversité structurelle du discours politique municipal savoyard. Les 52,2 % restants constituent un sous-corpus de dénominations non-classifiables dans ces 9 patrons — hétérogénéité partielle qui ne doit pas masquer la concentration des effectifs dans les clusters dominants.
L'écart entre les deux profils est maximal sur les axes "Originalité" et "Singularité" (score 10 vs 95), confirmant la polarisation du corpus entre formules génériques et hapax structurels. L'axe "Ancrage local" est le seul sur lequel le corpus moyen obtient un score non négligeable (45/100), indiquant que la majorité des listes nomment leur commune même quand leur lexique reste générique. Les six dimensions sont indépendantes : un score élevé en "Clarté" n'implique pas un score élevé en "Originalité".
Le mode de distribution se situe dans la tranche 31–40 caractères (160 dénominations, 38,5 % du corpus). La médiane estimée est de 33 caractères, la moyenne de 33,1 caractères — distribution proche de la normale avec un léger étirement vers les valeurs élevées (asymétrie positive). La contrainte de lisibilité à 5 mètres sur un panneau électoral au format réglementaire (594 × 841 mm, Art. R.29 du Code électoral) est une hypothèse explicative plausible du plafonnement observé à 60–70 caractères.
Les trois arrondissements partagent un fond lexical commun dominé par "ensemble" et "avenir" — présents à des fréquences relatives comparables dans les trois sous-corpus —, mais présentent des divergences significatives sur les termes d'ancrage territorial et d'orientation temporelle. Saint-Jean-de-Maurienne surindexe sur "village" (f.rel = 11,8 % vs 6,7 % à Chambéry) et "continuons" (f.rel = 9,2 % vs 3,8 %), reflétant un tissu de petites communes à forte identité rurale et une culture politique de la reconduction plutôt que du renouveau. Chambéry, avec une pluralité de listes par commune plus élevée, produit un lexique de l'action collective ("agir", "vous") statistiquement absent de la Maurienne. Albertville présente la seule occurrence significative du champ lexical montagnard/touristique ("montagne" ×4), cohérente avec l'économie de stations qui structure son arrondissement.
Les verbes d'état et de continuité (vivre, préserver, rester, continuons, vivons) représentent 67 % du champ verbal identifié dans le corpus. Ce déséquilibre en faveur de l'aspect statif sur l'aspect dynamique est caractéristique d'un discours politique à vocation conservatrice au sens étymologique du terme : conserver, maintenir, perpétuer. Les verbes véritablement transformatifs (construire, transformer, dynamiser, innover, réinventer) représentent moins de 5 % du champ verbal total — une marginalité statistique remarquable dans un contexte de campagne électorale qui suppose par définition un programme de changement.
36,1 % des communes concernées par le scrutin présentent une liste unique déposée en préfecture. Du point de vue de la procédure électorale, ces communes sont exclues de facto du tirage au sort (Art. R.30 du Code électoral) et leur liste se voit attribuer le panneau n°1 d'office. En l'absence de compétition, la dénomination de liste perd sa fonction différenciatrice et revêt un caractère purement administratif. La pluralité de listes — indicateur proxy de la vitalité démocratique locale — est corrélée à la taille des communes : les centres urbains de l'agglomération chambérienne concentrent l'essentiel de la compétition effective, tandis que les vallées alpines présentent des taux de liste unique supérieurs à 50 %.
La paire "bien + vivre" présente la cooccurrence la plus rigide du corpus (98 %) : les deux termes ne s'attestent pratiquement jamais de façon indépendante. En lexicologie, ce phénomène de collocation forte signale une unité phraséologique figée intégrée comme un tout par les locuteurs — comparable à "bonne continuation" ou "toutes choses égales par ailleurs". Le rédacteur n'a pas "composé" cette dénomination : il a sélectionné un prêt-à-énoncer préexistant dans le discours politique ambiant. À l'inverse, "ensemble" présente une collocabilité large : associé à "pour", "avec vous", "pour l'avenir", "pour tous", etc., il fonctionne comme un terme-pivot vide, compatible avec n'importe quel complément, ce qui explique sa domination statistique sans valeur sémantique propre.
Les listes intégrant le nom de leur commune dans leur dénomination présentent un indice de singularité lexicale 3,2× supérieur (score moyen 38 vs 12 sur 100). Cette corrélation suggère un mécanisme cognitif de contrainte productive : nommer explicitement son territoire force le rédacteur à le qualifier singulièrement, puisque le nom propre occupe déjà la position d'ancrage — les formules génériques ("ensemble pour l'avenir") n'ont plus de slot disponible pour le toponyme. En d'autres termes, la contrainte toponymique est un catalyseur involontaire de créativité lexicale. Les dénominations génériques sans toponyme tombent quasi-exclusivement dans les clusters à haute redondance du corpus.
L'analyse déictique des pronoms et déterminants possessifs révèle deux régimes d'énonciation distincts. Le régime endocentré — "nous / notre / nos" — (orientation vers l'identité collective de la liste) domine quantitativement. Le régime exocentré — "vous / vos / avec vous / pour vous" — (adresse directe à l'électeur) est structurellement minoritaire, représentant 34 % des marqueurs personnels identifiés. Cette asymétrie suggère que les listes s'auto-définissent (qui nous sommes) plus qu'elles ne sollicitent (ce que nous ferons pour vous), ce qui correspond à une posture rhétorique de type ethos collectif plutôt que contrat programmatique.
La longueur moyenne des dénominations croît avec l'intensité de la compétition électorale locale : Chambéry (μ=34,2 car., σ≈11) devance Albertville (μ=33,1) puis Saint-Jean-de-Maurienne (μ=31,4). Cette corrélation positive entre pression compétitive et élaboration verbale est cohérente avec les modèles de différenciation en marketing politique : en contexte de liste unique, la dénomination n'a pas besoin de se distinguer — elle se contente d'identifier. En contexte de 5–8 listes concurrentes, elle doit argumenter son existence. L'écart de 2,8 caractères en moyenne entre les deux extrêmes reste modeste, confirmant que la pression compétitive ne suffit pas à elle seule à produire une créativité lexicale substantielle.
La distribution des indices ISL dans l'échantillon représentatif (n=40 communes) confirme la domination statistique du registre générique : 60 % des cases affichent un ISL ≤ 3, soit un fond de formules récurrentes sans singularité lexicale mesurable. Les cases à ISL ≥ 7 (Valgelon-La Rochette, La Giettaz, Tignes, Chambéry) constituent des outliers positifs dont la distribution géographique est aléatoire — elles n'appartiennent pas à un arrondissement, une vallée ou un type de commune particulier. Ce résultat invalide l'hypothèse d'une culture politique locale spécifique qui produirait systématiquement des dénominations plus originales : la singularité lexicale est le fait d'individus ou d'équipes locales, non d'un territoire.